22. Hydraulique lourde

Table des mati�res - Pr�c�dente - Suivante

Sommaire

1. Pr�sentation du domaine d'intervention

2. Effets sur l'environnement et mesures de protection

2.1 G�n�ralit�s
2.2 Barrages r�servoirs
2.3 D�versoirs
2.4 Centrales hydro�lectriques

3. Aspects � inclure dans l'analyse et l'�valuation des effets sur l'environnement

4. Interactions avec d'autres domaines d'intervention

5. Appr�ciation r�capitulative de l'impact sur l'environnement

6. Bibliographie

Annexe :

Questionnaire pour une premi�re �valuation de l'impact environnemental d'un projet d'hydraulique lourde

 

1. Pr�sentation du domaine d'intervention

Le g�nie hydraulique comprend tous les travaux dont l'objectif est l'utilisation de l'eau ou la protection contre l'eau. On fait donc la diff�rence entre les travaux hydrauliques utilitaires et les travaux hydrauliques de protection. Le terme "hydraulique lourde" concerne les grands barrages servant � la retenue de l'eau. Il s'agit, outre les barrages et murs de retenue, de barrages au fil de l'eau, servant par exemple de r�servoirs d'eau, ou encore d'ouvrages de production d'�lectricit� � partir de l'�nergie hydraulique obtenue par la retenue. De plus, ce domaine d'intervention comprend toutes les infrastructures de transport (ports, canaux, �cluses, etc.). Enfin, parmi les grands projets de g�nie hydraulique, on trouve aussi les travaux de conqu�te de terres, les barrages de mar�es, les d�tournements de cours d'eau et les ouvrages de d�rivation. Le pr�sent Dossier traite exclusivement des barrages (grands barrages, d�versoirs) et des centrales hydro�lectriques.

On entend par barrages les ouvrages de retenue et leurs bassins de retenue. Ces barrages sont r�alis�s dans le but de r�guler l'eau de plans ou cours d'eau, de mani�re � en permettre la gestion ou l'exploitation �nerg�tique. Les ouvrages de retenue peuvent �tre des digues ou murs de retenue, barrant totalement ou partiellement des vall�es (barrages de vall�e) ou des barrages n'entra�nant qu'une hausse l�g�re du niveau dans les cours d'eau.

Le principal objectif des grands barrages de vall�e est de retenir l'eau pour la mettre en valeur en fonction des priorit�s fix�es (protection contre les crues, production d'�lectricit�, irrigation, distribution de l'eau), donc de transformer un cours d'eau naturel non r�gul� en un cours d'eau au d�bit calcul� selon des crit�res �conomiques (ou, �ventuellement, �cologiques) et de constituer un r�servoir de grande dimension. Le terme "barrage r�servoir" recouvre des ouvrages ou syst�mes extr�mement vari�s :

- petits et grands barrages r�servoirs,
- barrages r�servoirs plats ou profonds,
- barrages r�servoirs situ�s dans des zones climatiques arides ou humides, tropicales ou temp�r�es,
- barrages r�servoirs situ�s dans des pays de petite ou haute montagne,
- barrages r�servoirs situ�s dans des r�gions d�sertiques ou habit�es.

L'objectif principal des d�versoirs est de garantir un niveau d'eau d�termin� � un endroit donn� du cours d'eau, par exemple pour pr�lever de l'eau par un canal lat�ral (irrigation, production d'hydro�lectricit�, distribution d'eau), pour assurer une profondeur minimale � la navigation, pour servir d'eaux d'amont � l'entr�e d'une usine hydro�lectrique ou encore pour garantir un certain niveau des eaux souterraines dans la partie inondable de la vall�e (retenue de culture). Il existe une diff�rence fondamentale entre les d�versoirs et les barrages r�servoirs : dans le premier cas, la fonction de stockage n'a qu'une importance secondaire, de sorte que ces ouvrages n'influencent que marginalement le r�gime du cours d'eau. D'autre part, les quantit�s d'eau passant par dessus la cr�te du d�versoir sont beaucoup plus importantes que dans le cas d'un barrage r�servoir. Dans sa partie principale, le d�versoir peut donc �tre r�alis� presque exclusivement en ma�onnerie ou b�ton (voir aussi Dossier "Ing�nierie fluviale").

Les centrales hydro�lectriques peuvent �tre construites au pied d'un mur de retenue ou d'un d�versoir ; elles exploitent le potentiel �nerg�tique intrins�que de l'eau et le transforment en �nergie �lectrique. L'�nergie hydraulique est une �nergie renouvelable, utilisable sans rejets de traces de gaz. Son exploitation se caract�rise par la long�vit� et la fiabilit� exceptionnelle des �quipements de production. Associ�e � des digues de retenue, elle permet de stocker une �nergie disponible pratiquement sans d�lai en cas de besoin.

 

2. Effets sur l'environnement et mesures de protection

2.1 G�n�ralit�s

Les ouvrages hydrauliques constituent toujours une intervention dans l'environnement naturel. M�me si les travaux hydrauliques sont planifi�s, dimensionn�s et ex�cut�s selon l'�tat de la technique et dans le but de maintenir au minimum les atteintes � l'environnement, ils donnent lieu � des conflits d'objectifs, en particulier avec la protection de la nature et l'utilisation des ressources naturelles que sont la terre et l'eau. L'�tude et l'exploitation des ouvrages hydrauliques doivent donc �tre soumises � une s�rie d'�valuations d�bouchant n�cessairement sur un compromis :

- Lors de l'�tude du projet, il faut, par exemple, comparer la hauteur de la retenue et le co�t macro-�conomique et �cologique entra�n� par l'immersion de terres avec le b�n�fice tir� du surcro�t d'�lectricit� produite.

- Pour limiter au maximum la destruction des paysages, les mat�riaux (carri�res) n�cessaires aux travaux devront dans la mesure du possible �tre extraits dans la future retenue, � condition que ceci n'entra�ne pas des co�ts de transport insupportables.

- Pour les ouvrages de ma�trise des crues, il importe de d�finir avec une grande pr�cision l'ampleur de la protection, dans le but de laisser l'eau continuer � envahir certaines zones qui en ont un besoin imp�ratif (for�ts inondables, prairies humides, reconstitution des nappes phr�atiques, protection des esp�ces, irrigation apr�s les inondations), voire de provoquer l'inondation en la contr�lant.

- Un conflit classique suscit� par l'exploitation d'un ouvrage est l'utilisation concomitante d'un r�servoir pour l'irrigation et l'�nergie hydro�lectrique et la modification du r�gime des eaux qui va en r�sulter en aval. Surtout dans les p�riodes de basses eaux, il faut rejeter en aval de la digue de retenue une quantit� d'eau minimum permettant d'�viter les perturbations dans le cours d'eau (ass�chement temporaire, apparition de sites de reproduction d'agents pathog�nes dans les nappes d'eau r�siduelles, le cas �ch�ant pollution excessive du d�bit r�siduel par les rejets d'eau us�es en aval du barrage r�servoir.

2.2 Barrages r�servoirs

Les barrages r�servoirs divisent le bassin d'un cours d'eau en trois parties :

- bassin d'alimentation (en amont de la partie sommitale de la retenue)
- lac de barrage (du barrage � la partie sommitale de la retenue)
- zone aval (en aval du barrage)

L'impact du projet dans chacune des trois zones, puis ses cons�quences g�n�rales, par exemple celles entra�n�es par les travaux sont d�crites dans ce qui suit.

• Effets des barrages r�servoirs et mesures de protection dans le bassin d'alimentation

L'�volution dans la zone d'alimentation du lac de barrage est importante pour la s�dimentation et la qualit� de l'eau dans la retenue. Dans ces secteurs, le d�boisement et la mise en valeur agricole des pentes les plus raides posent un probl�me particulier.

En effet, la cr�ation du r�servoir peut �vincer les habitants dans le bassin versant en amont de la retenue (donc vers des zones �ventuellement caract�ris�es par des pentes fortes et des sols marginaux). Une trop forte colonisation de ces zones peut entra�ner un d�boisement incontr�l� et une exploitation inad�quate des sols, et favoriser ainsi l'�rosion et l'apport de s�diments dans le bassin du cours d'eau, y compris, le cas �ch�ant, l'introduction de mati�res nutritives et de produits phytosanitaires. Ces ph�nom�nes peuvent affecter la qualit� de l'eau et donc l'utilisation du lac de barrage. La dur�e d'utilisation du r�servoir varie fortement en fonction des d�p�ts de s�diments. Si un tel risque existe, il faut, d�s la phase d'�tude du projet, penser � des mesures de reboisement et de protection contre l'�rosion dans la zone d'alimentation du barrage r�servoir. Sur les probl�mes de d�placement de populations, voir plus bas.

Les couches sommitales peuvent se traduire par des augmentations du niveau d'eau au-dessus de cette zone. Etant donn� toutefois que les crues provoquent souvent une nouvelle �rosion de ces couches sommitales, et qu'en r�gle g�n�rale, la pente est relativement grande dans cette partie du cours d'eau, les effets dus � l'augmentation �ventuelle du niveau de l'eau sont limit�s (augmentation du niveau des nappes souterraines, inondation de zones proches des rives). A l'aval des affluents, dont la charge en s�diments pourrait effectivement poser des probl�mes, la construction d'avant-barrages destin�s � retenir ces s�diments peut s'av�rer n�cessaire.

• Effets dans la zone du lac de barrage, travaux de protection

Le changement le plus marquant dans ce secteur est �videmment l'inondation de surfaces parfois tr�s �tendues. Des terres �ventuellement tr�s fertiles, souvent exploit�es de mani�re intensive, le cas �ch�ant des zones de for�ts tropicales et des paysages fluviaux pr�cieux sur le plan �cologique, ou encore des sites ou lieux de culte seront irr�m�diablement perdus. Le site retenu pour le projet et la hauteur de la retenue doivent �tre choisis de mani�re � limiter au maximum ces pertes. Les zones de for�t primaire doivent b�n�ficier d'une protection particuli�re. La r�alisation de lacs de barrage dans ces r�gions ne devrait donc �tre autoris�e que dans des cas exceptionnels et fond�s, et s'accompagner de mesures sp�ciales de limitation des effets alt�rag�nes de l'am�nagement.

La perte de terres agricoles donne lieu � compensation dans les cas o� l'exploitation agricole ne devient possible qu'avec l'eau fournie dans les zones situ�es � l'aval de la retenue ou lorsque les conditions de production agricole y sont fortement am�lior�es. Par la cr�ation de zones naturelles prot�g�es aux alentours de la retenue, sur les �les du lac ou dans des zones proches laiss�es � l'�tat naturel, il est possible, dans une certaine mesure, de compenser les pertes d'espaces naturels et de biotopes.

Suffisamment de temps avant qu'une d�cision soit prise sur un projet, les questions de transfert de populations, de cr�ation d'infrastructures et de surfaces n�cessaires aux travaux devront �tre trait�es en concertation avec les personnes concern�es. En effet, ces derni�res peuvent �tre confront�es � des probl�mes non seulement �conomiques, mais aussi sociaux et culturels. Du fait du bouleversement profond et durable des conditions de vie d'un nombre parfois important de personnes, tous les aspects li�s aux �ventuels transferts de population doivent �tre examin�s tr�s soigneusement et longtemps avant la prise de d�cision. Dans le cas d'indemnisation de la population d�plac�e, il importe de tenir ad�quatement compte de crit�res sociaux (mise � disposition de logements et d'infrastructures sanitaires et sociales sur le nouveau lieu d'habitation), �conomiques (nouvelles sources de revenus, propri�t� fonci�re) et culturels (transfert de cimeti�res ou autres institutions culturelles/cultuelles, liens ethnologiques). L'ensemble des mesures jug�es n�cessaires doivent �tre r�alis�es en temps opportun pendant la dur�e des travaux.

Il est fr�quent que la retenue coupe les voies de communication et engendre des inconv�nients �conomiques et sociaux pour les riverains et la r�gion. Le projet doit inclure des compensations appropri�es, par exemple la construction d'une route autour du r�servoir ou l'aide � l'achat de bateaux pour la mise en place d'un service de bacs.

La retenue d'eau transforme l'�cosyst�me terrestre en un �cosyst�me aquatique. La flore terrestre est d�truite. Comme certaines esp�ces (flore et faune) ne vivent que dans des biotopes locaux d'extension tr�s limit�e, il importe de v�rifier si l'arriv�e de l'eau peut entra�ner la destruction de ces esp�ces ou y contribuer de mani�re substantielle. Des zones prot�g�es devraient si possibles �tre identifi�es au bord du r�servoir, afin que les animaux chass�s de la zone submerg�e puissent s'y installer; certaines restrictions d�coulant de la capacit� d'accueil de ces zones doivent n�anmoins �tre respect�es. Si les zones alentour n'offrent aucune possibilit� de vie pour la faune touch�e, il faut si possible mettre en oeuvre un programme de transfert des esp�ces les plus menac�es ou les plus pr�cieuses.

Une faune et une flore aquatiques nouvelles apparaissent en fonction de la qualit� de l'eau du r�servoir (temp�rature, turbidit�, incidence de la lumi�re, teneur en mati�res nutritives, mati�res dissoutes). En r�gle g�n�rale, il se produit dans les nouvelles retenues une implantation rapide, spontan�e ou, le cas �ch�ant, contr�l�e d'esp�ces de poissons, qui favorise le d�veloppement d'une activit� de pisciculture intensive (peuplement artificiel avec des esp�ces adapt�es, mise au point d'un plan de gestion). La p�che dans les lacs de barrage peut constituer un apport pr�cieux pour la couverture des besoins de la population en prot�ines.

La concentration de mati�res nutritives v�g�tales dans le lac de barrage peut toutefois, en particulier dans les zones de climat chaud, avoir des cons�quences particuli�rement graves. La croissance tr�s acc�l�r�e des algues et plantes aquatiques sup�rieures entra�ne une consommation d'oxyg�ne tr�s importante compromettant fortement l'approvisionnement en eau potable, emp�chant le d�veloppement des poissons et provoquant m�me leur mort dans le lac et le cours d'eau aval. En cas de d�gradation encore plus pouss�e de la qualit� de l'eau, les ouvrages en b�ton et acier ainsi que les turbines peuvent subir des attaques chimiques importantes. Ces risques s'accroissent en fonction de l'extension des zones d'eau profondes, de la dur�e de s�jour de l'eau dans la retenue et de l'accumulation de mati�res nutritives, provenant par exemple des eaux us�es et des r�sidus d'engrais, l'exploitation des p�turages ou du lessivage des sols et de la roche-m�re. Les apports de mati�res nutritives dans le lac de barrage doivent donc �tre limit�s au maximum. Les pertes de bois d'oeuvre et de bois de feu doivent �tre �vit�es autant que possible. L'influence n�gative exerc�e sur la qualit� de l'eau par la v�g�tation peuplant le lac doit, par ailleurs, �tre minimis�e. Les arbres restant dans la retenue peuvent g�ner la navigation et la p�che. Les troncs et branches flottants peuvent perturber le bon fonctionnement des ouvrages de pr�l�vement et de d�charge du barrage. Dans des cas extr�mes, les �missions de m�thane produites par la biomasse restant dans le r�servoir peuvent engendrer un effet de serre potentiel comparable aux centrales thermiques. Pour pr�venir ces risques, l'aire de la retenue d'eau doit �tre, autant que possible, totalement d�bois�e et d�blay�e. Pour les zones tropicales, on ne dispose encore d'aucune m�thode fonctionnelle permettant de pronostiquer la qualit� de l'eau en fonction de la diminution des quantit�s de mati�res nutritives pr�sentes (par exemple, par �limination de la v�g�tation, d�capage du sous-sol, limitation stricte d'autres d�versements). De m�me, on ne dispose actuellement dans ces r�gions que de trop peu ou d'aucune possibilit� de r�glementation pour les facteurs influant sur la qualit� des eaux rejet�es (par exemple par suite des activit�s humaines dans le bassin versant).

En particulier dans les r�gions � climat chaud, la modification du d�bit et du r�gime d'�coulement, s'accompagnant g�n�ralement d'un allongement des zones de basses-eaux sur la rive, favorise l'apparition de biotopes appropri�s pour les h�tes interm�diaires et vecteurs de maladies infectieuses hydriques (en particulier : paludisme, bilharziose et infections gastro-intestinales). G�n�ralement, la propagation de l'Onchocercose est nettement endigu�e dans les lacs de barrage, mais elle peut empirer en aval de l'ouvrage lors de la recharge du d�bit d'�tiage riche en oxyg�ne.

Sur les rives habit�es, le risque potentiel pour la sant� des populations en contact avec l'eau est donc important, et l'augmentation du d�bit de d�charge ne constitue qu'un rem�de partiel. Les populations doivent �tre inform�es de ces dangers et des pr�cautions � prendre. Dans le cadre du projet, il conviendra aussi de v�rifier dans quelle mesure les autorit�s sanitaires locales peuvent lancer des actions de pr�vention ; des mesures de soutien devront, le cas �ch�ant, �tre pr�vues � cet effet.

Lorsque les rives du lac de barrage risquent d'�tre fortement peupl�es, il est � noter que les usages traditionnels de l'eau (eau potable, par exemple) ne pourront pas �tre maintenus sans restriction apr�s remplissage de la retenue. En effet, par rapport � l'eau en mouvement, l'eau stagnante poss�de un pouvoir auto-�purateur tr�s amoindri : les rejets ne sont plus �vacu�s aussi rapidement, les agents pathog�nes survivent fr�quemment plus longtemps � cause de la plus grande profondeur, l'apport en oxyg�ne est moins important et les modifications biochimiques affectent la qualit� de l'eau. Or, les rives basses et les baies baign�es d'eaux tr�s calmes sont tr�s attrayantes et incitent les riverains � faire un plus grand usage de l'eau. Il faut donc, aux alentours du lac de barrage, pr�voir des �quipements contr�l�s de distribution de l'eau potable et surtout d'assainissement, afin de pr�venir les risques sanitaires d�j� cit�s et la d�gradation de la qualit� de l'eau. L'int�rieur du r�servoir doit �tre con�u de mani�re � ce que la baisse du niveau ne provoque pas la formation de mares et autres aires d'eaux r�siduelles.

Dans les lacs de barrage � rives plates, le niveau des eaux souterraines peut varier consid�rablement, ce qui peut, le cas �ch�ant, faciliter l'exploitation agricole de ces zones, mais aussi rendre n�cessaires des travaux de drainage. Les fluctuations du niveau de l'eau (dont l'ampleur est d�termin�e par la topographie et les modalit�s d'exploitation) d�nudent temporairement des bandes de terrain sur la rive, qui sont expos�es � l'�rosion et qui peuvent, si l'humidit� est suffisante, favoriser la reproduction de vecteurs et agents pathog�nes.

La cr�ation d'un grand volume d'eau provoque des modifications du microclimat de la r�gion concern�e, qui se caract�risent le plus souvent par un nivellement des extr�mes (temp�rature, humidit�).

L'interruption du cours d'eau limite ou morcelle les biotopes d'esp�ces migratrices (poissons, batraciens, insectes). Il convient de d�terminer au cas par cas quelles esp�ces sont susceptibles d'�tre touch�es, si des biotopes comparables sont disponibles pour les esp�ces end�miques et quelles mesures compensatrices peuvent �tre prises (�chelles � poissons par exemple).

� Effets et mesures de protection dans la zone aval

Dans tout l'aval du barrage, l'effet le plus �vident est la modification du r�gime du cours d'eau : les pointes de crue et les niveaux d'�tiage les plus bas sont en r�gle g�n�rale att�nu�s ou m�me supprim�s, ce qui peut avoir des cons�quences positives et n�gatives. D'une part, l'absence de crues att�nue l'�rosion des berges dans le cours aval ; d'autre part, l'�rosion dans la section du cours d'eau peut augmenter puisque le charriage de s�diments est interrompu jusqu'� ce qu'un nouvel d'�quilibre soit atteint. Cette situation entra�ne la formation de trous qui peuvent avoir des cons�quences n�fastes, comme l'ass�chement de stations de pompage situ�es au bord du cours d'eau. Pour y rem�dier, on peut adapter les ouvrages existants au nouvel �quilibre ou construire d'autres ouvrages, comme des d�versoirs de sout�nement ou des parois � fentes parall�les au cours d'eau.

La modification du r�gime d'�coulement peut aussi avoir des effets sur les r�serves d'eaux souterraines en aval de l'ouvrage. Les nouvelles conditions d'infiltration peuvent influer sur la recharge naturelle des nappes ainsi que sur leur �coulement. Les cons�quences n�gatives possibles sont une diminution de la recharge naturelle des formations aquif�res utilis�es ou bien le rel�vement ind�sirable du niveau des eaux souterraines, par exemple dans la zone d'influence de canaux.

La suppression des inondations de terres agricoles emp�che l'apport naturel de substances nutritives et peut influencer les pratiques agricoles (mode de culture, applications d'engrais).

La modification du r�gime hydrologique ainsi que de la qualit� de l'eau et des charriages peut avoir des effets sur la morphologie c�ti�re et le delta des fleuves, mais aussi sur la faune et la flore en aval, par exemple � cause du d�placement de la limite des eaux saum�tres, en particulier lorsque les lagunes sont repouss�es vers l'avant. Dans ces secteurs, une r�gularisation plus pouss�e du cours d'eau peut s'av�rer n�cessaire pour prot�ger la nature.

En aval, le nombre et l'ampleur des crues diminuent apr�s la construction d'un barrage r�servoir, ce qui incite les riverains � mettre en culture des terrains autrefois r�guli�rement inond�s, voire m�me � y r�sider. Dans le cas d'un �v�nement de crue rare, qui a certes �t� pris en compte lors du dimensionnement du barrage mais que les habitants ont tendance � consid�rer comme impossible, on risque des dommages importants et m�me des pertes de vies humaines. Pour �viter de telles pertes, il est imp�rieusement n�cessaire d'interdire l'utilisation de ces terrains.

Au moment des travaux de construction, puis de l'exploitation du barrage, et en particulier de la mise en eau du r�servoir, il est important qu'un d�bit r�siduel correspondant aux besoins (pr�l�vements d'eau, points d'eau pour les animaux) soit assur� en continu et que le lit aval du cours d'eau ne soit pas compl�tement ass�ch�.

En cas de rupture d'un barrage r�servoir ou d'�boulements de talus de forte ampleur, la zone aval risque de subir d'importants dommages sur une grande longueur. L'ouvrage doit donc faire l'objet d'une inspection r�guli�re.

� Effets globaux et mesures de protection

Lorsqu'un ouvrage de barrage est construit et mis en service dans une r�gion inaccessible et donc inhabit�e, la construction d'une route d'acc�s au chantier est indispensable. La cr�ation d'une route peut entra�ner le d�senclavement de la r�gion concern�e, et donc sa colonisation rapide et incontr�l�e; celle-ci peut avoir pour corollaires le d�frichement arbitraire de terrains destin�s � une mise en culture, le d�boisement et l'enl�vement de pr�cieux bois d'oeuvre ainsi que l'exploitation des peuplements forestiers restants. On peut ainsi assister � une r�action en cha�ne dont les cons�quences vont bien au-del� des effets directs du barrage. Compte tenu de la pression d�mographique observ�e dans la plupart des cas similaires, un contr�le efficace des �tablissements humains spontan�s est quasiment impossible. Ces effets secondaires doivent �tre pris en consid�ration d�s l'amorce des premi�res r�flexions et doivent trouver leur reflet dans l'�valuation de tous les avantages et inconv�nients d'un projet. Les projets de grande envergure seront int�gr�s dans un plan de d�veloppement r�gional incluant les aspects environnementaux. Si n�cessaire, le projet comprendra des mesures de gestion des �tablissements humains (cr�ation d'une infrastructure administrative et sociale par exemple). A l'inverse, le barrage peut avoir des effets positifs pour la population, gr�ce � la cr�ation d'aires d'habitat dans des secteurs d'irrigation situ�s en aval, r�duisant ainsi la pression des populations sur les zones marginales et fragiles de l'amont.

Un effet affectant l'ensemble de la zone d'influence peut �tre la cr�ation de sites d'emprunt et de carri�res pour l'extraction des terres de remblai n�cessaires sur le chantier. Or, comme les emplacements de ces sites d�pendent des conditions g�ologiques et des besoins en mat�riaux de construction, il n'est pas toujours possible de les pr�voir dans la future retenue. Lorsqu'ils se situent � l'ext�rieur de la retenue, ils repr�sentent une atteinte suppl�mentaire aux paysages et, lorsque la couverture v�g�tale est attaqu�e, un risque d'�rosion accru. Apr�s les travaux, les terrains concern�s devront autant que possible �tre r�habilit�s et remis � l'�tat naturel de mani�re � �viter les ph�nom�nes d'�rosion et les autres risques. Il en va de m�me pour les aires servant aux installations de chantier. Elles devront �tre �vacu�es, �tre d�contamin�es si n�cessaire et �tre remises � l'�tat naturel.

Le stockage de tr�s grandes masses d'eau peut �tre � l'origine de secousses sismiques. Bien que l'on puisse consid�rer ce risque comme tr�s minime, celui-ci doit quand m�me �tre pris en compte lors de la conception et du choix du site du barrage.

2.3 D�versoirs

Les effets des d�versoirs sont similaires � ceux des barrages r�servoirs mais sont en r�gle g�n�rale de moins grande ampleur. Les diff�rences portent en particulier sur les points suivants :

- La retenue n'ayant qu'une hauteur limit�e, il est plus facile de pr�voir des dispositifs additionnels permettant aux esp�ces migratrices de franchir un d�versoir.
- La perte de terres par suite d'inondations se limite � une �troite bande riveraine. En g�n�ral, les d�versoirs n'ont pas pour but de retenir une grande quantit� d'eau, de sorte que l'on construit des digues lat�rales de protection l� o� des vall�es plates inondables pourraient �tre submerg�es.
- Les d�versoirs n'exigent pas de transferts de population ou bien seulement des d�placements de faible ampleur et sur de courtes distances. Les inconv�nients subis par les personnes touch�es doivent �tre recens�s avec pr�cision et le projet devra pr�voir comment les compenser.
- Les d�versoirs sont construits le plus souvent dans des cours d'eau � faible pente et � rives plates. Il convient donc de faire particuli�rement attention aux variations du niveau des eaux souterraines. On pourra envisager comme protections des murs parall�les au cours d'eau ou des drainages de surface.

2.4 Centrales hydro�lectriques

Les centrales hydro�lectriques occupent une surface tr�s limit�e par rapport aux ouvrages de retenue, et tendant vers z�ro pour les centrales souterraines ou les installations � basse pression (int�gr�es dans le corps du d�versoir). Les centrales dot�es de longs biefs d'aval et d'amont qui conduisent l'eau motrice en parall�le du cours d'eau, pr�l�vent dans ce dernier une grande partie, sinon l'ensemble de son d�bit sur ce tron�on. Ceci a pour effet de transformer radicalement non seulement la flore et la faune mais aussi la morphologie du cours d'eau. Pour emp�cher ces incidences n�gatives et faire en sorte de maintenir dans le cours principal un d�bit de base suffisant, il faut

- pr�voir d�s le stade des �tudes les d�bits d'eau n�cessaires � ces utilisations,
- inclure dans les r�gles d'exploitation des prescriptions claires sur le d�bit normal de d�charge,
- dans les pays o� le r�gime des eaux est soumis � des proc�dures formelles, les d�bits n�cessaires doivent faire l'objet de demandes et d'attributions officielles.

Malgr� le rejet d'un d�bit obligatoire dans le cours principal, il peut s'y produire une diminution durable du niveau des eaux souterraines, avec des cons�quences n�fastes pour la v�g�tation et les conditions de production agricole. On d�cidera au cas par cas, apr�s avoir pes� tous les arguments techniques et �conomiques, si des mesures, telles que le montage de parois � fentes parall�les au cours d'eau par exemple, doivent �tre apport�s en vue de rem�dier � ces cons�quences.

Dans des cas particuliers, les centrales hydro�lectriques profitent de la diff�rence de niveau entre bassins hydrologiques voisins et font passer l'eau dans un bassin limitrophe. Cette m�thode peut avoir des inconv�nients importants pour le r�gime des eaux, surtout dans le bassin d'origine, � cause de la diminution du d�bit (effet de dilution des rejets par exemple), qu'il faut �tudier avec pr�cision et prendre en compte.

 

3. Aspects � inclure dans l'analyse et l'�valuation des effets sur l'environnement

L'impact environnemental de projets d'hydraulique lourde est souvent extr�mement complexe et caract�ris� par des interactions et r�actions en cha�ne difficiles � appr�hender. Les effets varient en fonction de chaque barrage et les effets identiques ou similaires doivent �tre appr�ci�s diff�remment suivant les cas (par exemple la perte par submersion d'une unit� de surface agricole utile par rapport � la perte de friches non cultivables). Il n'existe pas de valeurs-limites ou de r�gles d'�valuation applicables � toutes les situations.

Le questionnaire fourni en annexe 1 permet d'effectuer un premier recensement des effets environnementaux que peut avoir un projet d'hydraulique lourde. Les effets ainsi inventori�s pourront ensuite �tre diff�renci�s selon la nomenclature suivante :

- effets in�vitables, effets qu'il est possible d'influencer,
- effets pr�visibles, effets non pr�visibles,
- effets positifs, effets n�gatifs,
- effets tol�rables, effets non tol�rables.

Etabli sur cette base, le questionnaire peut servir � une premi�re pond�ration des effets attendus et � une estimation des risques. De plus, on pourra en d�duire des variantes de substitution (autres hauteurs d'immersion par exemple) permettant d'�viter les effets environnementaux n�gatifs.

Une comparaison du projet avec des ouvrages hydrauliques de grande dimension ou, dans le cas des barrages r�servoirs, avec des lacs naturels situ�s dans des r�gions et zones climatiques similaires ou ayant des donn�es topographiques proches, peut constituer une m�thode int�ressante pour obtenir des conclusions pertinentes.

Les effets environnementaux des centrales hydro�lectriques doivent �tre cern�s et appr�hend�s dans le cadre d'une �valuation globale, y compris par rapport aux effets provoqu�s le cas �ch�ant par la production d'une certaine quantit� d'�nergie �lectrique dans des installations thermiques. Pour ce qui concerne l'impact du transport de l'�lectricit�, cf. le Dossier "Transport et distribution de l'�lectricit�".

 

4. Interactions avec d'autres domaines d'intervention

Le Dossier "Hydraulique lourde" a des points de recoupement avec pratiquement tous les domaines d'intervention traitant de l'eau : citons en premier lieu l'agriculture (y compris l'hydraulique rurale) qui est influenc�e par tous les grands projets d'hydraulique pour les aspects suivants : recours � la m�me ressource pour l'irrigation, changements d'affectation des sols, destruction de la flore terrestre, superposition d'effets secondaires.

Il faut aussi mentionner l'approvisionnement en eau potable et industrielle. La distribution d'eau, qui occupe une place prioritaire dans le d�veloppement des espaces, doit toujours �tre prise en compte dans tous les projets et domaines d'intervention. Ses exigences doivent �tre consid�r�es comme prioritaires.

Enfin, l'hydraulique lourde est �troitement li�e � tous les projets de voies navigables : construction portuaire, ing�nierie fluviale et construction de canaux, qui font l'objet de Dossiers sp�cifiques.

 

5. Appr�ciation r�capitulative de l'impact sur l'environnement

Les travaux d'hydraulique lourde transforment �videmment l'environnement de mani�re visible. Les avantages apport�s par ce type de travaux sont en r�gle g�n�rale faciles � quantifier ; � l'inverse, leur impact �cologique est la plupart du temps difficile � �valuer et il n'existe ni valeurs-limites, ni r�gles d'�valuation applicables � tous les cas.

L'�valuation finale doit faire ressortir de mani�re aussi claire que possible l'avantage principal et les apports secondaires du projet, et les comparer aux restrictions d'utilisation et atteintes � l'environnement. En g�n�ral, les projets d'hydraulique lourde ont des objectifs multiples ; l'examen des effets environnementaux doit donc inclure une comparaison du projet avec les effets des autres sc�narios de production d'�lectricit�, d'accroissement de la production agricole, de protection contre les inondations, de navigabilit�, etc.


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