32. P�che et aquaculture

Table des mati�res - Pr�c�dente - Suivante

1. Description du domaine d'intervention
2. Effets sur l'environnement et mesures de protection

2.1 P�che artisanale
2.2 Aquaculture � petite �chelle
2.3 Exploitation halieutique des eaux de retenue
2.4 Exploitation halieutique de la zone �conomique exclusive
2.5 Exploitation halieutique des mangroves

3. Aspects � inclure dans l'analyse et l'�valuation des effets sur
4. Interactions avec d'autres domaines d'intervention
5. Appr�ciation r�capitulative de l'impact sur l'environnement
6. Bibliographie

1. Description du domaine d'intervention

L'exploitation du milieu aquatique pour l'obtention de produits alimentaires et de biens de consommation englobe aussi bien la capture et la cueillette que l'�levage et la s�lection am�lioratrice d'organismes aquatiques. Les principaux organismes aquatiques actuellement �lev�s sont les poissons, les mollusques, les crustac�s et les algues. La p�che et l'aquaculture atteignent chaque ann�e un volume de production mondial de quelque 95 millions de tonnes.

Les principales formes d'exploitation du milieu aquatique sont:

- la p�che,
- l'aquaculture,
- l'am�nagement des eaux � des fins piscicoles par des actions d'empoissonnement ("stocking", "ranching").

Ces trois formes d'exploitation peuvent se d�rouler en eau de mer, eau saum�tre ou douce et dans les eaux c�ti�res ou int�rieures. Les eaux situ�es au large sont surtout le domaine des activit�s de p�che de capture, et, dans des proportions tr�s faibles, de l'aquaculture. L'am�nagement des eaux inclut les zones de haute mer dans la mesure o� les poissons l�ch�s sur le littoral (saumons par exemple) peuvent passer leur phase d'engraissement dans les eaux du large.

Tandis qu'� l'int�rieur des terres et sur le littoral, la p�che et l'aquaculture sont des activit�s essentiellement artisanales, l'exploitation des p�cheries de haute mer se pratique principalement - et l'aquaculture de haute mer exclusivement - de fa�on industrielle.

La p�che de capture exploite les stocks naturels d'organismes aquatiques, sur lesquels - si l'on excepte les activit�s de capture proprement dites - elle exerce une action r�gulatrice (fermeture saisonni�re de la p�che, zones prot�g�es, quotas de capture, s�lectivit� des engins de p�che). L'aquaculture influe au moins sur la phase de croissance et, si possible, agit aussi directement sur la phase de reproduction, essentiellement en contr�lant la qualit� des eaux (par le biais des conditions d'�levage), la nutrition (par l'apport de nourriture et la fertilisation des �tangs) et la sant� (mesures prophylactiques et th�rapeutiques). La phase de reproduction peut �tre contr�l�e en agissant sur les processus de maturation, la ponte et la f�condation, l'incubation et l'�levage larvaire. Les caract�ristiques des organismes d'�levage peuvent �tre influenc�es g�n�tiquement (principalement par s�lection, croisement ou interventions g�n�tiques).

L'am�nagement halieutique des eaux combine les activit�s d'aquaculture aux activit�s de p�che ("culture-based capture fisheries": p�che de capture reposant sur l'�levage) en introduisant dans des plans d'eau naturels ou artificiels de jeunes organismes incub�s dans des conditions contr�l�es et dont les premiers stades de vie, particuli�rement sensibles, se sont �galement d�roul�s en milieu contr�l�. Au terme de leur phase d'engraissement, les stocks cr��s ou enrichis par colonisation sont p�ch�s de la m�me fa�on que les stocks naturels.

Le processus de production dans des conditions naturelles (p�che) ou contr�l�es (aquaculture) est suivi, jusqu'� la consommation finale, par les processus de conservation, transformation, conditionnement, transport et commercialisation, qui peuvent aussi avoir une incidence sur l'environnement.

La p�che et l'aquaculture peuvent �tre subdivis�es en cinq secteurs d'activit�s:

- la p�che artisanale,
- l'aquaculture � petite �chelle,
- l'exploitation des eaux de retenue pour la pisciculture,
- l'exploitation des ressources halieutiques de la zone �conomique exclusive des 200 milles (ZEE),
- l'exploitation des ressources halieutiques des mangroves.

Les deux premiers secteurs sont domin�s par les deux pr�occupations suivantes: concentration des activit�s sur les couches de population �conomiquement faibles et ad�quation technologique des interventions. Ces deux aspects sont �galement prioritaires dans l'exploitation des eaux de retenue. En revanche, l'exploitation de la zone �conomique exclusive des 200 milles est ax�e sur l'�valuation des ressources, la gestion et le contr�le de l'exploitation dans un secteur domin� par les formes d'exploitation industrielles. La protection de l'environnement et la conservation des ressources occupent une place particuli�rement importante dans l'exploitation halieutique des mangroves ; dans cet �cosyst�me sensible, les pr�l�vemens ou activit�s piscicoles devraient �tre con�us d�s le d�part pour �viter compl�tement toute intervention susceptible d'alt�rer l'environnement, ou se limiter � des interventions minimes et clairement d�limit�es.

2. Effets sur l'environnement et mesures de protection

2.1 P�che artisanale

Les activit�s de p�che int�ressant le plus la protection de l'environnement sont celles qui, par leur degr� d'adaptation � l'�tat des ressources et aux conditions de l'�cosyst�me exploit�, conditionnent directement le maintien des possibilit�s d'utilisation des ressources. Les petites p�ches s�dentaires de type traditionnel, fa�onn�es par une exp�rience ancestrale, sont con�ues pour �viter toute surexploitation des ressources halieutiques. Chaque tentative en vue d'accro�tre la production peut mettre en p�ril cet �quilibre harmonieux.

Accro�tre la production sans menacer les ressources � long terme est cependant possible, soit en exploitant les ressources halieutiques en dessous du niveau de rendement et de p�rennit� optimal, soit en �tendant l'effort de p�che aux composantes des communaut�s vivantes de l'�cosyst�me qui n'�taient pas ou peu exploit�es jusqu'ici.

L'utilisation de nouvelles esp�ces est toutefois limit�e par les relations nutritionnelles existant entre diff�rents membres d'une communaut�. Si, en plus d'une population de poissons pr�dateurs, on entreprend d'exploiter les stocks de leurs proies, la production qu'on pourra tirer du stock de pr�dateurs sera forc�ment restreinte puisque les bases alimentaires du pr�dateur s'amenuiseront. Etant donn� leur diversit�, ces relations doivent, si l'on envisage d'exploiter simultan�ment diff�rents peuplements d'un m�me �cosyst�me, �tre int�gr�es dans des mod�les de gestion des ressources s'approchant le plus possible de la r�alit�.

Le type d'engins de p�che utilis� de m�me que le moment et le lieu o� ils sont mis en oeuvre jouent un r�le d�cisif dans la gestion des ressources halieutiques. Les engins de capture modernes peuvent �tre d'un c�t� tr�s performants (et mettre ainsi en p�ril les populations halieutiques si leur utilisation n'est pas soumise � certaines restrictions) et, de l'autre, tr�s s�lectifs. Un instrument de p�che est s�lectif lorsqu'il ne capture que certaines esp�ces ou certaines classes de taille ; la s�lectivit� de l'instrument est d�termin�e entre autres par le maillage du filet, la taille de l'hame�on ainsi que par la profondeur d'eau ou le fond dans lequel l'engin est mis en oeuvre. Les principales mesures de r�glementation de la p�che sont les suivantes: instauration de saisons de p�che, cr�ation de zones prot�g�es, fixation d'un maillage minimum pour les filets de p�che et d'une taille minimum pour les hame�ons, limitation du nombre d'engins de capture, bateaux ou navires de p�che, limitation de leur dur�e de mise en oeuvre et fixation directe des classes de taille des organismes � capturer ainsi que des quotas de capture.

L'�tude et la gestion des stocks exigent un haut niveau de formation en biologie des p�ches ainsi qu'un niveau de connaissances suffisant en �conomie des p�ches. Les mesures de r�gulation des stocks devraient �tre pr�sent�es sous forme de contr�les communautaires devant �tre effectu�s et harmonis�s par les p�cheurs locaux et devant relever directement de la responsabilit� de ces derniers.

En dehors des ressources proprement dites, leur habitat doit, lui aussi, �tre pr�serv� des nuisances et pollutions non supportables � court ou � long terme ; pour cela, l'�tat physique, chimique et biologique des p�cheries doit �tre surveill�. La qualit� des produits d�pend autant de l'�tat chimique et biologique des eaux de capture que des conditions sanitaires r�gnant � terre (hygi�ne villageoise). Les effets destructeurs de l'utilisation des ressources ligneuses pour le fumage du poisson peuvent �tre r�duits de deux mani�res: on peut garantir une utilisation plus rationnelle du bois en introduisant des fours � fumer faibles consommateurs de combustible, et veiller � une gestion appropri�e des peuplements arbor�s et arbustifs. Le remplacement des canots creus�s dans un tronc d'arbre par des barques en planches de m�me que l'emploi de mat�riaux de construction de substitution sont un moyen de r�duire les besoins en bois pour la construction d'embarcations de p�che.

Les infrastructures de d�barcad�res de la p�che artisanale, qui sont difficiles � modifier ou � supprimer par la suite, ne devraient �tre �difi�es qu'apr�s une �tude approfondie des besoins et de l'opportunit� d'une telle infrastructure. Les structures en b�ton risquent de d�pr�cier la r�gion sur le plan esth�tique (tourisme).

2.2 Aquaculture � petite �chelle

L'aquaculture dispose, par rapport � la p�che, de possibilit�s de choix beaucoup plus diversifi�es, qu'il s'agisse des esp�ces d'�levage ou des sites de production. Le meilleur moyen de pr�server les stocks naturels d'organismes se pr�tant � l'aquaculture consiste � contr�ler tout le cycle de vie, de stade de reproduction en stade de reproduction, non pas sur une ou deux g�n�rations, mais durablement ; ceci n'est possible � l'heure actuelle qu'avec un petit nombre d'organismes aquatiques. Le seul moyen d'y rem�dier serait d'encourager tr�s activement la recherche fondamentale tourn�e vers les applications pratiques dans le domaine de la physiologie et de l'�cologie de la reproduction.

Le site de production doit �tre choisi de fa�on � prot�ger les �cosyst�mes naturels ainsi que les ressources en eau limit�es. Les organismes d'�levage peuvent, eux aussi, �tre choisis de mani�re � pr�server des ressources alimentaires fortement sollicit�es ; il suffit pour cela de privil�gier les esp�ces dont les exigences alimentaires peuvent �tre satisfaites par les sous-produits et d�chets d'autres secteurs d'activit�. Ces produits peuvent �tre soit distribu�s directement, soit �pandus sous forme d'engrais pour activer la multiplication d'organismes servant � l'alimentation des poissons (plantes aquatiques, petits animaux). Ce serait l� un moyen de r�duire la consommation de farine de poisson, qui entre dans la composition des aliments pour poisson, si les producteurs n'avaient pas tendance � �lever des organismes de plus grande valeur commerciale (certaines esp�ces de poissons pr�dateurs par exemple), qui ont g�n�ralement besoin d'aliments de tout premier choix.

La gestion de l'eau joue un r�le d�cisif dans la qualit� de l'eau � l'int�rieur et en aval d'une installation d'aquaculture. L'eau doit �tre g�r�e de fa�on � limiter au minimum l'accumulation de restes alimentaires de m�me que l'entra�nement de substances nutritives, alimentaires et nocives. Les quantit�s de restes de nourriture peut �tre limit�es en adaptant les rations alimentaires et la fr�quence d'administration de nourriture � la capacit� d'ingestion et � l'app�tit des poissons. Si des quantit�s consid�rables de d�chets sont, malgr� tout, rejet�es � l'ext�rieur - comme dans les �tangs � eau courante soumis � une exploitation intensive -, leur d�versement dans les fleuves et les lacs peut �tre �vit� en grande partie en captant les d�chets dans des �tangs de d�cantation.

Ne serait-ce que pour des raisons d'efficacit� et d'�conomie, les m�dicaments employ�s dans la pr�vention et le traitement des maladies et dans la lutte antiparasitaire ne devraient pas �tre d�vers�s dans l'eau courante (�tangs � eau courante), et encore moins dans les syst�mes en eau libre (cages, parcs), m�me si cela oblige � transf�rer les poissons dans des r�cipients sp�ciaux pour le traitement, et � les soumettre ainsi � des situations de stress.

Le principal moyen d'�conomiser l'�nergie utilis�e en aquaculture est d'�viter le pompage de l'eau pour le renouvellement de l'eau des �tangs. L'apport d'eau fra�che sert � alimenter l'�tang en oxyg�ne et � chasser les d�tritus, ainsi qu'� compenser les pertes par �vaporation et infiltration. Le volume � renouveler d�pend essentiellement de la densit� de mise en charge d'un �tang. Les pentes naturelles peuvent �tre mises � profit pour produire un courant et �conomiser l'�nergie de pompage. Parfois aussi, le site poss�de des puits art�siens dont on peut tirer parti.

Les �tangs dans lesquels les d�chets peuvent �tre valoris�s par les plantes et les petits animaux, qui servent � leur tour de nourriture aux animaux aquatiques d'�levage, pr�sentent de grands avantages sur le plan �cologique. Ces �tangs peuvent �tre fertilis�s gr�ce aux d�jections organiques des animaux terrestres (volaille, porcs) �lev�s en amont ou � c�t� de l'�tang. La rentabilit� de ce type d'aquaculture int�gr�e d�pend de l'adaptation �cologique des esp�ces aquatiques d'�levage, de leur acceptation par les consommateurs, des co�ts de production et des prix du march�. Un autre facteur entrant en ligne de compte est le degr� d'insertion de l'aquaculture dans l'ensemble du syst�me de production consid�r�, qui inclut habituellement d'autres composantes productives et consommatrices de main-d'oeuvre. Dans ce contexte, il est important de conna�tre les bases alimentaires des petits animaux (r�sidus de pesticides pouvant p�n�trer dans la cha�ne alimentaire).

Pour l'installation d'�tangs dans les pays tropicaux, on doit tenir compte des risques de maladies transmises par des vecteurs passant au moins un stade de vie dans l'eau ou dans les animaux aquatiques (paludisme, bilharziose, etc.).

La pisciculture en cage flottante pose non seulement le probl�me du co�t des aliments, mais aussi celui de l'obtention des mat�riaux de construction des cages ; les filets, les supports et les flotteurs sont des mat�riels co�teux. Les seules r�gions dans lesquelles l'utilisation de bois ne pose pas de probl�mes particuliers sont les r�gions tr�s bois�es.

Les effets de la consommation de produits de l'aquaculture sur la sant� doivent �tre examin�s soigneusement lorsque les eaux-vannes et les eaux domestiques r�siduaires servent � la fertilisation des �tangs. Les facteurs jouant un r�le important dans les installations � eau r�siduaire sont le nombre d'�tangs, la dilution et le temps de s�jour de l'eau avant son d�versement dans les �tangs � poissons. Une gestion minutieuse, des contr�les sanitaires et des examens de l'eau effectu�s � intervalles r�guliers s'av�rent ici indispensables.

2.3 Exploitation halieutique des eaux de retenue

L'exploitation halieutique des eaux de retenue �tant une combinaison d'activit�s d'�levage et d'activit�s de capture ("culture-based capture fisheries"), les mesures de protection de l'environnement d�crites aux points 2.1 et 2.2 s'appliquent ici pareillement. Les diff�rences essentielles proviennent du fait que les retenues sont de formation r�cente, que ce soit du point de vue limnologique et �cologique ou du point de vue sociologique et �conomique. Les retenues artificielles se diff�rencient des retenues naturelles par plusieurs aspects: leur caract�re artificiel, la r�gulation hydraulique effectu�e en permanence et � des fins pr�cises (approvisionnement en eau potable, production �nerg�tique, irrigation), le "vide" biologique initial (qui permet diff�rents sch�mas de d�veloppement biologique selon l'ordre effectif, et partiellement al�atoire, suivant lequel s'effectue la colonisation des eaux par les plantes et les animaux) et surtout les nouvelles options en r�sultant pour une exploitation halieutique. Pour toutes ces raisons, une retenue artificielle offre � l'homme une grande marge de libert� pour son am�nagement �cologique, mais le place aussi devant de s�rieux probl�mes sociaux et �conomiques lorsqu'il s'agit de d�velopper et d'introduire un nouveau syst�me de mise en valeur.

Deux contraintes d�cisives sont � prendre en compte pour l'exploitation d'une nouvelle retenue:

- L'introduction d'esp�ces �trang�res � l'�cosyst�me et � la r�gion devrait �tre strictement interdite, ou alors assujettie � l'application des mesures de protection en vigueur � l'�chelon international.
- La r�glementation des activit�s de p�che ne devrait s'effectuer qu'apr�s une �tude approfondie des traditions locales et en associant pleinement les p�cheurs locaux et les p�cheurs d�sireux de s'installer dans la r�gion.

Lors de la planification de nouveaux barrages, il convient d'envisager les diff�rentes possibilit�s d'exploitation halieutique des eaux de retenue et, le cas �ch�ant, d'en tenir compte pour le choix du type de construction.

2.4 Exploitation halieutique de la zone �conomique exclusive

La mise en valeur halieutique optimale de la zone �conomique exclusive des 200 milles (ZEE) requiert des techniques de pointe. Dans la zone de transition entre la p�che hauturi�re industrielle et la p�che c�ti�re artisanale, des conflits d'utilisation sont ainsi programm�s d'avance, � moins que la configuration du fond et du littoral ne produise une s�paration naturelle. De tels conflits portent souvent atteinte aux ressources, qui sont alors surexploit�es, voire partiellement d�truites. En m�me temps, ils peuvent porter pr�judice � la situation �conomique et sociale des petits p�cheurs c�tiers, qui ont g�n�ralement le dessous dans des conflits de ce genre, dans la mesure o� leur int�r�ts ne sont pas prot�g�s efficacement par des interventions des pouvoirs publics.

Tandis que les communaut�s de p�cheurs traditionnelles, �tablies de longue date, ont d�velopp� des modes d'utilisation bien ancr�s, excluant une d�t�rioration durable des ressources, les possibilit�s techniques de la p�che hauturi�re moderne peuvent conduire en peu de temps � l'�puisement complet d'une ressource et exigent par cons�quent une limitation et un contr�le tr�s stricts de l'exploitation. La fixation d'une maille minimum pour les filets et d'une taille minimum pour les hame�ons doit permettre d'emp�cher la capture des jeunes organismes n'ayant pas atteint une maturit� suffisante pour la reproduction et donc pour la conservation du stock. La destruction inutile des petits organismes alimentaires, qui sont pris dans les filets en m�me temps que les poissons d'int�r�t commercial ou nutritif, peut ainsi �tre limit�e.

Seule l'interdiction d'utilisation des chaluts � structures "de cueillette" permettra d'emp�cher la d�pl�tion de communaut�s enti�res d'organismes d�mersaux par ces engins de p�che. Suivant les conditions locales (relief sous-marin, cycle de reproduction et migrations des poissons ou d'autres organismes), ces interdictions seront totales ou seulement limit�es � certaines saisons ou certaines zones (mesures de cantonnement).

Pour certains organismes utiles, des interdictions totales de capture sont indispensables durant leur grossissement dans les "nursery areas" ou zones d'alevinage. Comme il s'av�re souvent difficile d'imposer des interdictions de capture, nombreux sont les endroits o� l'on tente de cr�er des refuges artificiels, dans lesquels les poissons ou d'autres animaux aquatiques peuvent se retirer et � partir desquels ils peuvent recoloniser des zones perturb�es ou des zones vid�es de leurs ressources halieutiques. Ces refuges peuvent �tre par exemple des blocs de b�tons immerg�s. L'efficacit� et la rentabilit� de ces "r�cifs artificiels" restent toutefois controvers�es.

L'agonie de nombreux poissons et grands animaux marins (dauphins, tortues de mer, oiseaux aquatiques, etc.) pris dans des filets d�rivants perdus par les p�cheurs et constitu�s de mati�re synth�tique imputrescible dans l'eau, pourrait �tre �vit�e, du moins en partie, gr�ce � l'utilisation de fil d�composable dans l'eau pour attacher le filet aux bou�es. Les filets finiraient au bout d'un certain temps par se d�crocher et par tomber au fond de l'eau. Cette m�thode para�t cependant trop sophistiqu�e pour pouvoir �tre g�n�ralis�e. En outre, on ne conna�t pas les d�g�ts que ces filets risquent d'occasionner par la suite dans les fonds marins.

Un probl�me difficile � r�soudre est celui des captures additionnelles: comment, en effet, valoriser les organismes d�nu�s de valeur marchande qui sont captur�s accidentellement avec les esp�ces cibles tr�s lucratives (crevettes par exemple) ? Ces captures additionnelles ont une taille ou un encombrement suffisant pour rester prisonni�res des filets avec les prises principales, m�me avec un maillage r�glementaire. Mais leur valeur commerciale est si r�duite par rapport aux prises principales que leur d�barquement ne se justifie pas, �conomiquement parlant, bien qu'une partie souvent appr�ciable de ces captures soit propre � la consommation humaine. Si l'on parvenait � r�soudre ce probl�me � l'�chelle plan�taire, par exemple en organisant la collecte permanente en mer des captures additionnelles par des bateaux sp�cialement affr�t�s ou par d'autres m�thodes, plusieurs millions de tonnes de poissons pourraient �tre r�cup�r�es chaque ann�e pour l'alimentation humaine.

La forte consommation de combustibles fossiles des navires de p�che hauturi�re exige des mesures sp�ciales pour �liminer les r�sidus sur la terre ferme, comme c'est le cas dans les autres types de navigation hauturi�re motoris�e. Les autres pollutions cr��es � terre par les activit�s de p�che proviennent principalement de la transformation industrielle des produits de la p�che. Des normes l�gales doivent �tre observ�es ou demandent � �tre introduites pour l'�limination des d�chets et l'�vacuation des eaux r�siduaires. Une partie des d�chets peut �tre transform�e en farine de poisson, tandis que des extraits pr�cieux peuvent �tre tir�s des d�chets liquides et �tre utilis�s comme additifs alimentaires (cf. dossiers "Ports int�rieurs", "Navigation int�rieure","Assainissement" et "Elimination des d�chets").

2.5 Exploitation halieutique des mangroves

Les remarques faites au sujet de la p�che artisanale hors des zones de mangroves s'appliquent �galement aux formes traditionnelles d'exploitation de la faune et de la flore des mangroves: elles sont inoffensives pour le milieu naturel, car elles respectent la capacit� de r�g�n�ration des ressources. Il n'en va pas de m�me de l'aquaculture moderne pratiqu�e dans de grandes installations de pisciculture, pour la construction desquelles la v�g�tation des mangroves est enti�rement supprim�e, comme dans l'�levage � grande �chelle de crevettes d'eau saum�tre. La production de ces crustac�s tr�s pris�s peut �tre tr�s lucrative, � telle enseigne qu'une pression inqui�tante s'exerce sur les mangroves en tant que zones pouvant accueillir des �tangs d'eau saum�tre. Dans les mangroves, soumises quotidiennement � l'alternance du flux et du reflux, ces �tangs pr�sentent plusieurs avantages: ils poss�dent la teneur en sel requise et les co�ts de renouvellement de l'eau sont relativement faibles, puisque la consommation d'�nergie n�cessaire au pompage de l'eau peut �tre r�duite en utilisant les mar�es.

La pression exerc�e sur les mangroves devrait �tre contrecarr�e de mani�re aussi r�aliste et souple que possible. La r�gle supr�me devrait �tre de ne pas autoriser l'utilisation de ces zones sans planification d�taill�e pr�alable. La planification de l'utilisation devrait permettre d'exclure toute forme d'exploitation non traditionnelle dans les zones irrempla�ables en tant que r�serve naturelle, r�servoir de ressources g�n�tiques, nursery pour des animaux aquatiques de grande utilit� ou ceinture de protection contre l'�rosion du littoral. Le d�boisement des mangroves en vue d'y pratiquer l'aquaculture peut �galement �tre �vit� si l'on propose des aires jouxtant la ceinture de mangroves pour y installer des �tangs. Dans ces aires, les frais de pompage pourraient �tre largement couverts par les b�n�fices de production, pour peu que celle-ci soit g�r�e efficacement.

Si l'exploitation des mangroves para�t in�vitable pour des motifs �conomiques, elle devrait au moins �tre canalis�e vers les sols fortement argileux, sur lesquels les mangroves ne tardent pas � se r�installer apr�s un �ventuel abandon des �tangs (ou des rizi�res inond�es), au contraire des sols sableux et tourbeux, qui sont transform�s en d�sert pour tr�s longtemps. Par ailleurs, il faudrait poursuivre l'�tude des possibilit�s d'exploitation de la productivit� naturelle des zones de mangroves se pr�tant � l'aquaculture artisanale semi-intensive, et ce sans d�boisement int�gral et pratiquement sans apports suppl�mentaires d'engrais et de nourriture. De telles exp�riences peuvent r�ussir, � condition de parvenir � abaisser les co�ts de fa�on que m�me de faibles rendements par unit� de surface demeurent attrayants sur le plan �conomique.

3. Aspects � inclure dans l'analyse et l'�valuation des effets sur l'environnement

Les aspects environnementaux sous lesquels les activit�s de p�che et d'aquaculture doivent �tre consid�r�es se rangent dans cinq cat�gories:

- Alt�rations du milieu naturel n�fastes aux organismes aquatiques, mais ne provenant ni des activit�s de p�che, ni de l'aquaculture (pollution de l'eau r�sultant de l'�vacuation des d�chets industriels, agricoles et m�nagers ainsi que du lessivage des �l�ments nutritifs, des pesticides et de leurs r�sidus contenus dans les sols agricoles ; travaux de canalisation) ; de telles retomb�es peuvent toucher aussi bien le secteur de la p�che que le secteur de l'aquaculture.
- Effets exerc�s sur les populations halieutiques et leur renouvellement, qui d�pendent de leur exploitation. (Ces effets concernent uniquement les stocks naturels, et non les stocks entretenus et contr�l�s par l'homme ; en d'autres termes, l'aquaculture n'est concern�e que dans la mesure o� elle est tributaire des jeunes issus des populations naturelles).
- Effets sur l'environnement dus aux activit�s de p�che et d'aquaculture (perturbation de l'�quilibre �cologique, alt�ration de la qualit� de l'eau, etc.).
- Influence exerc�e sur l'utilisation des ressources (et donc sur les ressources elles-m�mes) par les changements sociaux et socio-�conomiques intervenant chez les producteurs et les consommateurs (croissance d�mographique par exemple).
- A l'inverse, retomb�es des activit�s de p�che et d'aquaculture sur la situation sociale et socio-�conomique des producteurs et consommateurs (par exemple surproduction locale sans acc�s suffisant aux march�s plus �loign�s).

Pour parvenir � une utilisation optimale des ressources halieutiques naturelles tout en respectant leur capacit� de renouvellement durable, on a recours � des simulations assist�es par ordinateur, qui mettent en �vidence les interactions tant �cologiques qu'�conomiques au sein d'un mod�le uniforme. Ces mod�les sont une base indispensable au d�veloppement d'une strat�gie fiable d'exploitation durable, qui tienne compte aussi bien des int�r�ts micro-�conomiques des p�cheurs que des int�r�ts macro-�conomiques du pays concern�, sans compromettre � long terme les bases d'existence naturelles de la p�che.

Des synopsis et des �valuations des retomb�es ind�sirables des techniques de capture modernes sur les ressources (emploi de mati�res explosives et de pesticides, p�che au chalut, p�che au filet droit, etc.) font encore d�faut.

L'�tude et l'�valuation des effets de l'aquaculture sur l'environnement fait en revanche l'objet de travaux intensifs. L'ICLARM ("International Center for Living Aquatic Resources Management"), centre international de recherches pour le d�veloppement de la p�che, a organis� en septembre 1990 un symposium sur le th�me de l'environnement et du d�veloppement de l'aquaculture, dont les r�sultats ont �t� publi�s en 1992.

4. Interactions avec d'autres domaines d'intervention

Les diverses formes d'exploitation piscicole peuvent �tre associ�es � la production agricole et � l'am�nagement des ressources en eau. Des exemples d'int�gration de la production piscicole et de la production agricole sont:

- l'association de la pisciculture en �tang - ou de la p�che artisanale - avec la production v�g�tale et l'�levage dans le cadre d'un syst�me de production agricole, sans int�gration spatiale des diff�rentes composantes ;
- l'association de la pisciculture en �tang avec l'�levage d'animaux de basse-cour, de porcs ou d'autres animaux, r�alis� sur pilotis au-dessus des �tangs ;
- la pisciculture dans les rizi�res inond�es (rizipisciculture).

Comme exemples de combinaison de la p�che et de l'aquaculture avec l'am�nagement des eaux, on retiendra l'utilisation:

- des retenues de tout genre (y compris les retenues servant � l'alimentation en eau potable) pour la p�che ;
- des petits r�servoirs d'irrigation peu profonds pour la pisciculture en �tang ;
- des grands canaux d'irrigation pour l'engraissement des poissons ;
- des lacs de barrage d'�tendue et de profondeur suffisantes, et ne servant pas � l'approvisionnement en eau potable, pour l'�levage en cage flottante.

Voir � ce sujet les dossiers sur l'environnement "Hydraulique lourde", "Irrigation" et "Hydraulique rurale").

Des liens �troits existent avec l'agriculture: utilisation des d�chets, sous-produits et (exceptionnellement) produits principaux de l'agriculture comme aliments ou engrais pour l'aquaculture ainsi qu'emploi de farine de poissons issus de la p�che pour la production d'aliments pour b�tail dans l'agriculture (cf. dossier "Production animale").

Les liens existent �galement avec la foresterie, �tant donn� l'existence de besoins en bois pour la construction d'embarcations et d'engins de capture, pour la conservation et la transformation des produits de la p�che par fumage et pour la construction de cages flottantes. Les interactions �cologiques �troites entre les for�ts et les eaux rev�tent une importance toute particuli�re et doivent �tre prises en compte tant par le secteur forestier que par le secteur de la p�che.

Le secteur �nerg�tique, enfin, est �galement concern� par la p�che et l'aquaculture, qui exploitent des bateaux, navires et engins de p�che tr�s sophistiqu�s, des ports de p�che, entrep�ts frigorifiques et installations de transformation industrielle, des installations d'aquaculture d'un haut niveau de technicit� et des v�hicules servant au transport des personnes, engins, mati�res consommables et produits.

Les points de contact existant avec d'autres domaines d'intervention ont d�j� �t� signal�s directement dans le texte.

5. Appr�ciation r�capitulative de l'impact sur l'environnement

La p�che et l'aquaculture ont besoin d'un environnement intact ou, du moins, non perturb� durablement, mais peuvent, de leur c�t�, porter atteinte � l'environnement et aux ressources naturelles. Tributaire d'un renouvellement naturel continu des ressources halieutiques, la p�che de capture doit m�nager les ressources et leurs �cosyst�mes.

De m�me, les ressources et leurs �cosyst�mes doivent �tre si possible r�habilit�s l� o� il y a surexploitation et alt�ration par suite de changements �cologiques. A partir d'une certaine intensit� de p�che, seule une meilleure valorisation des prises permet des hausses de production. A cet effet, il serait surtout souhaitable � l'avenir que les esp�ces halieutiques encore inint�ressantes sur le plan commercial et enti�rement transform�es en farine de poisson soient, de plus en plus, rendues propres � la consommation et que les quantit�s de poissons perdues par alt�ration soient diminu�es.

L'aquaculture, en tant que secteur de production piscicole relativement r�cent, a besoin pour son d�veloppement futur de strat�gies propres, qui devront surtout tenir compte du fait que la plupart des ressources naturelles qu'elle exploite (eau, terres, aliments ainsi qu'alevins pour la majorit� des esp�ces d'�levage) sont d�j� utilis�es par ailleurs et peuvent ainsi devenir des sources de conflits. C'est pourquoi les strat�gies d'exploitation doivent inclure la volont� d'�viter de tels conflits ou de les r�soudre de fa�on � minimiser les inconv�nients �cologiques, �conomiques ou sociaux. Cela implique notamment que

- l'aquaculture doit tout d'abord �tre compar�e, du point de vue de ses effets, � d'autres options (par exemple lutte contre l'�rosion c�ti�re gr�ce aux mangroves, tourisme) et �tre conduite si possible en compl�ment de l'am�nagement des ressources en eau,
- les sous-produits ou les d�chets doivent, dans toute la mesure du possible, �tre utilis�s pour l'alimentation des organismes d'�levage ou pour la fertilisation des eaux lorsqu'une autre forme d'utilisation de ces d�chets et sous-produits serait moins profitable. Les charges �ventuelles (par les pesticides par exemple) doivent cependant �tre exclues.

Il est possible d'encourager le respect de ces principes d'exploitation par des exemples r�ussis, apportant la preuve des avantages obtenus � long terme, et par la cr�ation de conditions politiques et �cologiques d'ensemble ad�quates, fournissant des incitatifs et imposant des restrictions dans des proportions �quilibr�es.

Pour peu qu'elles soient associ�es comme il se doit � la strat�gie de d�veloppement et qu'elles re�oivent une formation ad�quate, les femmes peuvent exercer une influence d�terminante pour que les alt�rations de l'environnement et les effets dommageables � la sant� soient �vit�s, r�duits ou �limin�s. Un travail d'information adapt� au contexte religieux et culturel joue un r�le �minent � cet �gard.


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