30.Production animale

Table des mati�res - Pr�c�dente - Suivante

1. Pr�sentation du domaine d'intervention
2. Effets sur l'environnement et mesures de protection

2.1 Modes d'�levage

2.1.1 Exploitation des p�turages
2.1.2 Exploitation pastorale avec suppl�mentation
2.1.3 Cultures fourrag�res
2.1.4 Stabulation

2.2 Syst�mes d'exploitation

2.2.1 Ranching
2.2.2 Syst�mes pastoraux
2.2.3 Elevage fermier
2.2.4 Grandes exploitations d'�levage intensif

3. Aspects � inclure dans l'analyse et l'�valuation de l'impact sur
4. Interactions avec d'autres domaines d'intervention
5. Appr�ciation r�capitulative de l'impact sur l'environnement
6. Bibliographie

1. Pr�sentation du domaine d'intervention

La production animale en tant que processus biologique est influenc�e par l'environnement et a elle-m�me des incidences sur l'environnement. L'�tude de l'impact de ce secteur de production sur l'environnement vise � modifier le milieu naturel de mani�re � permettre le pr�l�vement d'un maximum de produits alimentaires et de mati�res premi�res sans compromettre les bases de production.

Chaque syst�me d'�levage et d'exploitation exerce une influence sp�cifique sur l'environnement. On distingue les modes d'�levage suivants:

- pastoralisme pur,
- �levage au p�turage avec suppl�mentation,
- stabulation.

Au nombre des syst�mes d'exploitation, on peut citer:

- les ranches (bovins, ovins) ;
- le pastoralisme traditionnel (bovins, ovins, caprins, cam�lid�s, �quid�s et, souvent, troupeaux associant plusieurs esp�ces animales) ;
- �levage traditionnel (bovins, buffles, cam�lid�s, �quid�s, ovins, caprins, porcins, volaille, petits animaux comme les cochons d'Inde, les lapins et les abeilles ; souvent, association d'esp�ces animales dans l'exploitation) ;
- grandes exploitations d'�levage industriel (par exemple �levage de volailles de chair, batteries de ponte, engraissement des porcs, �levage bovin en feed-lot 5).

La p�che et l'aquaculture ne sont pas trait�es dans ces pages ; elles font l'objet d'un autre dossier sur l'environnement.

La production animale peut en principe se pratiquer dans toutes les zones � vocation de culture. Elle repr�sente de surcro�t la seule forme de valorisation agricole des zones semi-arides et arides et des r�gions de haute montagne, au-del� de la limite de culture et jusqu'� la limite de v�g�tation.

2. Effets sur l'environnement et mesures de protection

2.1 Modes d'�levage

2.1.1 Exploitation des p�turages

L'effet le plus visible du pacage est le broutage s�lectif des plantes, qui influence la composition floristique et la structure de la v�g�tation p�tur�e. Cette influence est fonction de l'esp�ce animale, de la charge en b�tail (pression animale sur les p�turages) et, le cas �ch�ant, de la saison d'exploitation des p�turages. Les bovins et les moutons se nourrissent plut�t d'herbe, les chameaux et les ch�vres de feuilles. Une p�ture id�ale pour l'�levage ovin ou bovin doit donc porter une v�g�tation essentiellement herbac�e, alors que les p�tures convenant le mieux aux cam�lid�s et aux ch�vres seront plut�t occup�es par des formations arbor�es et arbustives.

La p�ture peut stimuler la croissance des plantes et favoriser, au sein d'une esp�ce v�g�tale, les �cotypes � port rampant par rapport aux �cotypes � port �rig�. Le pacage des p�turages compos�s de gramin�es et de l�gumineuses favorise fr�quemment la composante "l�gumineuses" ; en effet, les animaux pr�f�rent g�n�ralement les gramin�es au d�but de la p�riode de v�g�tation, ce qui stimule la croissance des l�gumineuses en limitant la concurrence. Toutefois, certaines l�gumineuses sont de pr�f�rence app�t�es au stade juv�nile. Alors que le p�turage � faible densit� et la taille l�g�re des arbustes et des arbres peuvent stimuler la croissance de ces derniers, le p�turage intensif et l'�mondage peuvent en revanche l'entraver, voire entra�ner le d�p�rissement des ligneux et emp�cher la r�g�n�ration des arbustes fourragers � partir des graines et des rejets.

Les effets du pi�tinement d�pendent principalement de l'esp�ce animale mise au pacage, de la charge en b�tail ainsi que de la nature du sol et de la topographie du terrain. Les d�g�ts occasionn�s par le pi�tinement sont susceptibles d'acc�l�rer l'�rosion des sols, mais le grattage du sol peut aussi cr�er des conditions de germination plus propices et favoriser ainsi la r�g�n�ration des plantes. En zones humides, le tapis v�g�tal est facilement d�truit par le pi�tinement des animaux en pr�sence d'un taux �lev� de saturation du sol en eau.

De nombreuses graines de plantes prairiales, de taille minuscule, peuvent traverser l'appareil digestif des animaux tout en gardant intacte leur capacit� germinative. Ainsi, certaines plantes sont propag�es par les d�jections animales. Les graines � t�gument dur sont en outre conditionn�es, c'est-�-dire redistribu�es et sem�es gr�ce aux animaux.

Seule une petite fraction de l'�nergie et des �l�ments nutritifs absorb�s par le b�tail se retrouvent finalement dans les produits d'origine animale exploit�s par l'homme. La plus grande partie est rejet�e par les f�ces, l'urine et, chez les ruminants, sous forme de m�thane (gaz ayant une incidence sur le climat). La d�gradation de la mati�re organique dans l'appareil digestif des ruminants et la d�composition microbienne dans le sol entra�nent des pertes d'�nergie et de nutriments analogues, � cette diff�rence pr�s que le processus de d�gradation est sensiblement plus rapide dans l'estomac des ruminants ; le cycle des �l�ments nutritifs est donc acc�l�r� par les animaux � l'herbage. Lors du parcage nocturne des animaux, des �l�ments fertilisants sont soustraits au p�turage puisque les d�jections restent dans l'enclos. M�me si le fumier collect� dans le parc � b�tail peut �tre utilis� dans les cultures, pour le mara�chage ou pour la production de biogaz et contribuer ainsi � l'am�lioration de la fertilit� des sols, l'exportation d'�l�ments nutritifs risque d'acc�l�rer la d�gradation de la v�g�tation des p�turages.

Dans les zones arides et semi-arides, caract�ris�es par une pluviosit� annuelle tr�s irr�guli�re, les rendements subissent, outre les fluctuations saisonni�res, d'importantes variations annuelles. On ne peut, de ce fait, escompter une stabilit� des rendements de la strate de v�g�tation herbac�e. Certaines ann�es de s�cheresse, la croissance de la v�g�tation est si faible que la repousse est enti�rement brout�e par les troupeaux. L'exploitation du fourrage fourni par les arbres et les buissons ne doit pas d�passer un certain pourcentage du cro�t annuel, sous peine d'endommager durablement les ligneux et de compromettre leur viabilit� et leur capacit� de r�g�n�ration.

D'une fa�on g�n�rale, on peut parler de dommages durables � partir du moment o� la capacit� de r�g�n�ration de la v�g�tation est mise � mal et o� les horizons superficiels du sol sont fortement d�grad�s sous l'action de l'�rosion �olienne ou hydrique. Les diff�rences existant entre les diverses associations de plantes et la capacit� de r�g�n�ration variable des diff�rentes esp�ces v�g�tales ne permettent pas de citer de valeurs indicatives universelles sur les superficies pouvant �tre exploit�es sans baisse de productivit� de la couverture v�g�tale et sur les charges moyennes praticables. Selon des estimations am�ricaines, le taux d'exploitation "acceptable" de la biomasse serait de 50 % ; des travaux en provenance d'Afrique de l'Ouest estiment pour leur part que ce taux s'�l�ve entre 30 et 50 % (Le Houerou, 1980). D'autres, enfin, diff�rencient les pr�l�vements autoris�s selon la pluviosit� et distinguent entre strate arbor�e/arbustive (exploitation tol�rable: 25 � 50 %) et strate de gramin�es et d'herbac�es (30 � 50 %) (Schwarz, 1989). L'�valuation du degr� de d�gradation de la v�g�tation pourra s'appuyer par exemple sur la structure d'�ge et la composition floristique des formations buissonnantes et arbor�es, sur les r�serves de graines contenues dans le sol pour les plantes herbac�es, �ventuellement aussi sur la couverture du sol ainsi que sur la profondeur et la nature de l'horizon A.

La distribution des animaux dans une r�gion pastorale aride est largement d�termin�e par les disponibilit�s en eau. Des puits profonds au d�bit abondant, qui alimentent en eau de grands effectifs de b�tail, peuvent entra�ner un fort surp�turage aux abords des puits. Les surfaces que les animaux peuvent p�turer aux alentours d'un puits d�pendent entre autres de la teneur en mati�re s�che du fourrage, de l'esp�ce animale concern�e et de l'�tat physiologique des animaux. Les puits et les points d'eau insuffisamment prot�g�s risquent facilement d'�tre pollu�s par les d�jections animales ; l'eau potable rendue ainsi impropre � la consommation expose la population humaine � des risques sanitaires: la concentration d'animaux autour des puits peut favoriser la propagation d'�pid�mies. Aux abords de chaque point d'eau, il existe une zone fortement enrichie en �l�ments fertilisants par le fumier animal, mais presque d�pourvue de v�g�tation par suite du pi�tinement du b�tail. L'�tendue de cette zone d�pend de l'am�nagement du point d'eau (par exemple abreuvoir sur sol dur) et de la r�glementation de l'acc�s (par exemple pose de cl�tures autour du point d'eau). Le fumier peut �tre utilis� pour la fertilisation des terres de culture environnantes.

Les zones pastorales se composent de parcours naturels, de jach�res et de chaumes. Les zones foresti�res, souvent plac�es sous la r�gie des services forestiers, peuvent �galement constituer d'importants espaces de p�turage. Dans de nombreux cas, en Afrique du Nord par exemple, la majeure partie du rendement forestier provient de la production animale. La production fourrag�re fait partie int�grante du syst�me agroforestier (sylvopastoralisme). Il est � souligner toutefois que les p�turages forestiers sont fr�quemment surexploit�s. De nombreuses mesures s'imposent pour emp�cher la surexploitation: att�nuation des tensions entre l'administration foresti�re et les paysans locaux ; personnel suffisamment nombreux et motiv� pour faire respecter les r�glements pr�voyant des restrictions d'exploitation ; ressources fourrag�res de substitution pour les pasteurs autochtones ; interdiction d'utilisation par des �leveurs non cultivateurs et �trangers � la r�gion ; prix raisonnables par rapport aux autres ressources fourrag�res en cas d'utilisation payante des p�turages forestiers ; association de la population locale � la planification des utilisations. En pays tropicaux arides et humides, il existe suffisamment d'exemples de gestion pastorale �quilibr�e, respectant la dynamique de croissance de la for�t.

2.1.2 Exploitation pastorale avec suppl�mentation

L'impact de la distribution de compl�ments alimentaires sur l'environnement d�pend des conditions de d�part et de la nature du fourrage. Les compl�ments min�raux permettent d'am�liorer l'exploitation du "foin sur pied" lorsque le fourrage est abondant, mais de qualit� m�diocre. L'apport d'aliments concentr�s ou d'aliments grossiers de bonne qualit� entra�ne une baisse rapide de la consommation de fourrage par t�te de b�tail � l'herbage et pr�serve ainsi les p�turages. Cependant, lorsque l'am�lioration de l'alimentation incite l'�leveur � augmenter ses effectifs tout en continuant � exploiter les parcours naturels, le risque de d�gradation du couvert v�g�tal s'accro�t. Dans certaines r�gions (Afrique du Nord par exemple), les compl�ments alimentaires entrent pour une part si importante dans l'alimentation des animaux qu'ils couvrent non seulement les besoins de production, mais aussi une partie des besoins d'entretien. La volont� d'am�liorer la qualit� de la viande des animaux au p�turage, qui se traduit par une augmentation des prix de la viande, peut �tre consid�r�e comme l'un des facteurs � l'origine du surp�turage. Le fait que les animaux ont davantage d'exercice et b�n�ficient de meilleures bases alimentaires a un impact b�n�fique sur la qualit� de la viande.

2.1.3 Cultures fourrag�res

Les cultures fourrag�res peuvent �tre install�es sur des bandes anti-�rosives. L'�tablissement de cultures fourrag�res permanentes (comme le Sulla en Afrique du Nord) sur ces dispositifs anti-�rosifs est une technique "douce" de lutte contre la d�gradation des sols. L'int�gration d'une sole fourrag�re dans l'assolement peut avoir des effets b�n�fiques sur la structure et la fertilit� des sols (cf. dossier sur la Production v�g�tale). Toutefois, il y a lieu de tenir compte de la concurrence pouvant �tre exerc�e par les cultures fourrag�res sur les cultures se pr�tant � l'alimentation humaine.

La r�colte de la mati�re verte dans les cultures fourrag�res sp�ciales soustrait au sol des quantit�s substantielles d'�l�ments nutritifs. L'�quilibre du bilan nutritif peut �tre perturb� si ces �l�ments ne sont pas restitu�s au sol ou si le fumier n'est pas �pandu dans les champs. L'utilisation d'engrais min�raux et d'herbicides en culture fourrag�re cr�e un risque de pollution des eaux superficielles et souterraines et un risque de diminution suppl�mentaire de la biodiversit�.

2.1.4 Stabulation

Si l'�levage au p�turage concerne essentiellement les ruminants, en revanche l'�levage de poules, porcs ou petits animaux, comme les lapins, cochons d'Inde, etc., se pratique de pr�f�rence en claustration.

Les effets de la stabulation sur l'environnement varient selon les effectifs du cheptel, l'esp�ce animale, la nature et la provenance du fourrage et le type de stabulation (stabulation libre ou stabulation permanente). Les conditions physico-chimiques r�gnant dans le b�timent d'�levage (temp�rature, humidit� de l'air, lumi�re, teneur en gaz nocifs, poussi�re et germes) agit sur les animaux ; l'odeur, le bruit et le lisier produits dans les locaux d'�levage agissent aussi sur le milieu ambiant. L'�levage de ruminants d�gage du m�thane, un gaz � effet climatique.

En stabulation, la v�g�tation fait l'objet d'une utilisation beaucoup plus prudente que dans la mise � l'herbage des animaux, mais le pr�l�vement d'�l�ments nutritifs occasionn� par la r�colte de fourrage coup� est consid�rable. La fertilit� des sols est menac�e si les �l�ments fertilisants export�s ne leur sont pas restitu�s.

Les �normes quantit�s de lisier produites dans les grandes exploitations d'�levage peuvent compromettre la qualit� de l'eau de boisson et polluer les eaux de surface et les nappes phr�atiques. Dans l'�levage avicole intensif pratiqu� � proximit� des grandes agglom�rations, l'�limination des cadavres et du fumier entra�ne un important risque de pollution et de contamination. Dans de nombreux pays en d�veloppement, le lisier et le fumier pr�sentent, en particulier pour les enfants, un fort risque d'infection, surtout lorsqu'ils sont facilement accessibles. Utilis�s comme engrais, le lisier et le fumier am�liorent la fertilit� et la structure des sols, � condition que les apports ne soient pas excessifs.

2.2 Syst�mes d'exploitation

2.2.1 Ranching

Le ranching permet l'exploitation uniforme de r�gions relativement vastes. N�anmoins, l'utilisation rationnelle des ressources pastorales n'est pas garantie par la cr�ation de grandes unit�s de production animale (cf. Harrington et al., 1984). Dans les ann�es de disette, m�me un ranch a besoin de solutions de repli, � moins que le chef de l'exploitation ne r�duise � temps la taille de ses troupeaux ; il faut sinon d'attendre � des pertes consid�rables. La distribution de compl�ments alimentaires favorise la surexploitation des p�turages, accroissant ainsi le risque d'�rosion. Chaque fois qu'une grande ferme d'�levage, caract�ris�e par des charges de b�tail "rationnelles" ou par des herbages de r�serve avec des charges animales contr�l�es, est install�e dans les zones d'�levage traditionnel, il faut songer que la diminution de la charge de b�tail dans la r�gion concern�e sera peut-�tre plus conforme aux conditions de milieu que la densit� initiale, mais qu'en excluant les autres troupeaux, la pression animale va s'accro�tre sur les p�turages environnants.

Le d�frichement pratiqu� sur une grande �chelle dans le but d'am�nager des zones de p�turage pour les ranches conduit, surtout dans les zones humides, � une forte diminution de la diversit� des esp�ces v�g�tales. En dehors des probl�mes d'�rosion, il peut en r�sulter un risque de changements climatiques � grande �chelle. Comme ces ranches ne pratiquent le plus souvent que l'�levage bovin, l'exploitation des ressources pastorales est d�s�quilibr�e ; soit la charge de b�tail doit rester tr�s faible, soit des quantit�s consid�rables d'intrants doivent �tre mises en oeuvre pour restaurer les ressources pastorales. De plus, les p�turages risquent de s'acidifier par engorgement des sols ; le pi�tinement des troupeaux d�t�riore la structure des sols, avec, comme cons�quences, un ruissellement superficiel accru et une aggravation du risque d'�rosion.

Le ranching est une m�thode d'�levage qui permet d'am�liorer l'approvisionnement de la population urbaine ; cependant, la capacit� de charge des ranches par unit� de surface est moins �lev�e que dans les syst�mes traditionnels (cf. par exemple Cruz de Cavalho, 1974, et de Ridder & Wagenaar, 1986).

Les mesures de protection de l'environnement s'av�rent difficiles dans le domaine du ranching. La normalisation de la capacit� de charge des p�turages est controvers�e en raison de la complexit� des effets interactifs et des nombreuses variables intervenant en particulier dans l'estimation de la v�g�tation (cf. par exemple Sandford, 1983).

Certains syst�mes, les syst�mes australiens par exemple, reposent sur des �tudes d�taill�es et de longue haleine ainsi que sur la fixation officielle de la charge maximale limite autoris�e. La propri�t� de la terre n'y est g�n�ralement pas priv�e ; les terres sont c�d�es � bail � long terme par l'Etat. Il y est donc possible d'imposer certaines restrictions d'exploitation et, le cas �ch�ant, de r�silier le bail. Dans bien des pays, les donn�es n�cessaires � cet effet ne sont pas disponibles, et les institutions charg�es de la surveillance des surfaces de p�turage n'existent pas, ou ne sont pas pr�par�es � cette t�che. Des modalit�s de protection des sols contre l'�rosion devraient �tre �labor�es avec les pasteurs concern�s.

2.2.2 Syst�mes pastoraux

Dans ces syst�mes, la production animale est la seule ou la principale activit� r�mun�r�e de la population. Gr�ce au gardiennage et � la grande mobilit� des pasteurs, il est possible d'exploiter des ressources compl�mentaires � l'agriculture ou des zones uniquement p�turables � certaines saisons.

Les pasteurs poss�dent souvent des troupeaux compos�s de plusieurs esp�ces animales. Ceci permet une utilisation intensive des diverses ressources fourrag�res. Les produits de l'�levage sont le lait, la viande, le travail (traction animale), le fumier, etc.

Int�gration des p�turages et de l'agriculture

Les surfaces de p�turages disponibles varient fortement selon les saisons lorsque les ressources pastorales sont utilis�es en compl�ment de l'agriculture. Les seuls p�turages disponibles sont les parcours naturels durant la p�riode de croissance, et les jach�res ainsi que les chaumes pendant la saison s�che. Les r�percussions de la p�ture sur les jach�res et les p�turages naturels sont multiples. D'un c�t�, la composition floristique peut se modifier de telle fa�on qu'une plus grande partie de la v�g�tation devient utilisable comme fourrage ou pour d'autres utilisations, de l'autre, une p�ture intensive peut �tre aussi une cause de d�gradation importante du couvert v�g�tal. Avec le parcage nocturne des animaux dans le syst�me de gardiennage conventionnel, les �l�ments fertilisants provenant des d�jections et de l'urine animales sont concentr�s dans le corral. Le fumier et le lisier peuvent �tre �pandus sur les champs pour maintenir la fertilit� du sol, mais sont soustraits du m�me coup au cycle d'�l�ments nutritifs des zones p�tur�es. Le lessivage des mati�res provenant du corral peut polluer les eaux superficielles et souterraines. L'utilisation des r�sidus de r�colte comme fourrage peut acc�l�rer le cycle des �l�ments nutritifs et entra�ner la redistribution des �l�ments fertilisants dans le champ ou entre les champs de l'exploitation. Une exploitation intensive des r�sidus de culture peut �tre aussi un facteur d'�rosion en amenuisant la couverture du sol. Les droits d'utilisation des ressources fourrag�res demandent � �tre codifi�s par des ententes entre pasteurs et cultivateurs.

Mobilit�

Pour que l'exploitation des zones arides soit compatible avec les conditions du site et soit �conomiquement viable, les pasteurs doivent faire preuve d'un haut degr� de flexibilit� et de mobilit�. La condition de cette mobilit� sont des troupeaux de grande taille. Durant leurs d�placements, les pasteurs sont contraints de se nourrir essentiellement des produits qu'ils tirent de leurs animaux. L'entrave � la mobilit� des pasteurs se traduit g�n�ralement par le surp�turage, avec pour cons�quence une d�gradation acc�l�r�e des sols aux alentours des nouveaux campements, et par une sous-exploitation d'autres zones. La sous-exploitation peut, elle aussi, conduire � une modification de l'�quilibre entre les esp�ces et � une baisse de productivit� de la v�g�tation.

La coupe de branches vertes et de rameaux pour la construction des enclos pour le b�tail et l'approvisionnement des m�nages en bois de feu entra�ne la destruction progressive de la v�g�tation ligneuse au fur et � mesure de la s�dentarisation des pasteurs et de la concentration du cheptel et des hommes sur une aire restreinte.

Droit de pacage

Le droit d'usage des terres et des parcours peut englober les droits d'utilisation saisonni�re de certaines zones ainsi que les droits de p�turage dans des zones tr�s �loign�es les unes des autres. Outre la possibilit� d'exploiter les terres comme p�turages en compl�ment des cultures vivri�res, ceci permet une certaine compensation des risques, car, en zones arides, les pr�cipitations sont souvent tr�s localis�es. Le droit d'utilisation des parcours collectifs pr�domine. Traditionnellement, les parcours collectifs sont utilis�s par des groupes d'�leveurs d�termin�s ; suivant la structure et l'efficacit� du groupe, cela permet de fixer les charges en b�tail et les p�riodes de mise en d�fens des p�turages. Un puissant moyen de r�gulation des charges en b�tail est par exemple, comme en Afrique de l'Est, la r�glementation de l'acc�s � l'eau. Les p�turages "ouverts" - souvent assimil�s aux parcours communautaires dans les d�bats d'experts - n'offrent pratiquement plus cette possibilit�. On notera dans ce contexte que l'am�nagement de points d'eau en dehors des structures traditionnelles peut favoriser une utilisation opportuniste et par l� m�me le surp�turage. Les cons�quences secondaires sont la d�gradation de la v�g�tation, la diminution du taux d'infiltration des eaux de pluie dans le sol et l'acc�l�ration de l'�rosion des sols.

Evolution des conditions de propri�t�

Une modification de la structure de la propri�t� du troupeau peut �galement influencer n�gativement la gestion des ressources par les pasteurs. Lorsque l'�levage bovin est confi� par exemple � des �leveurs salari�s, ces derniers ne peuvent bien souvent exploiter que le lait. Pour assurer leur subsistance et ne pas tomber dans la mis�re, il leur faut poss�der en propre des troupeaux d'assez grande taille. Il s'y ajoute le fait que les propri�taires, soucieux de contr�ler leur propri�t�, sont susceptibles d'entraver la mobilit� et ainsi la flexibilit� des pasteurs dans la conduite des troupeaux � l'herbage. Il peut en r�sulter, l� aussi, une surexploitation de la v�g�tation (atteinte � l'�quilibre des esp�ces floristiques, perturbation du bilan hydrique et �rosion des sols).

Division du travail

Dans les syst�mes pastoraux, les hommes sont g�n�ralement responsables de la gestion et de la commercialisation des grands animaux, les femmes �tant pour leur part souvent charg�es de s'occuper des petits ruminants ainsi que de la traite, de la transformation et de la vente du lait et des produits laitiers. Le r�le des femmes est souvent sous-estim� car ce sont les hommes qui repr�sentent la famille vis-�-vis de l'ext�rieur. La transformation et la commercialisation d�centralis�es du lait garantissent jusqu'� un certain degr� la s�curit� de l'approvisionnement en milieu rural, m�me si la quantit� de lait transform�e et vendue quotidiennement par une femme n'exc�de pas quelques kilogrammes. Lors de la transformation du lait � la maison, il faut prendre garde aux probl�mes d'hygi�ne et aux risques sanitaires (risque d'infection par exemple).

Influences ext�rieures

L'utilisation pastorale des terres n�cessite souvent des arrangements entre diff�rents groupes de population. Des influences ext�rieures - dont les programmes gouvernementaux font partie - peuvent troubler l'�quilibre souvent fragile entre ces groupes. Si la culture est �tendue par exemple � des surfaces exploit�es par les pasteurs comme p�turages en saison s�che ou comme herbages de r�serve, la perte de ces espaces de p�ture peut accro�tre la pression animale sur les autres surfaces de p�turage - avec tous les dangers li�s au surp�turage que cela implique. L'extension de l'�levage chez les cultivateurs peut avoir pour effet de refouler peu � peu les pasteurs vers des zones marginales. Ceci n'a pas seulement une incidence sur la conduite des p�turages et la productivit� des animaux, mais aussi sur le bien-�tre des groupes de population concern�s.

Entrav�s dans leur mobilit�, les pasteurs peuvent se voir contraints de soumettre durablement des zones marginales � une utilisation plus intensive d�passant leur capacit� de charge naturelle.

Le ph�nom�ne de d�gradation qui se produit alors attise la concurrence pour l'utilisation du potentiel fourrager en voie d'amenuisement et entra�ne, sous l'effet de la surexploitation, l'appauvrissement de la biodiversit� et la marginalisation de pans entiers de la population pastorale.

2.2.3 Elevage fermier

L'�levage fermier au sein d'une exploitation peut aller de la possession de quelques petits animaux (poules par exemple) � la gestion de grands troupeaux de 20 ch�vres ou de 10 bovins par exemple. La culture passe normalement avant l'�levage. L'agriculteur �l�ve souvent plusieurs esp�ces animales.

L'�levage fermier se pratique en g�n�ral soit sur p�turage avec distribution de compl�ments alimentaires (du moins � certaines saisons), soit en stabulation. Les grands troupeaux, les troupeaux villageois par exemple, peuvent aussi effectuer des d�placements (�levage sous contrat dans le cas des bovins).

L'exploitation des p�turages se fait soit en laissant divaguer les animaux, soit par gardiennage, mise au piquet ou parcage dans un p�turage cl�tur�. L'utilisation de pieux en bois pour les cl�tures, qui doivent �tre fr�quemment remplac�s, notamment dans les r�gions o� s�vissent les termites, peut avoir des effets n�fastes sur la composition et la densit� des peuplements forestiers. L'am�nagement de haies vives ou de fascines pour subdiviser le p�turage en plusieurs parcelles a, par contre, des effets b�n�fiques sur les peuplements d'arbres, mais leur installation exige beaucoup de travail.

Le d�frichement pr�alable � l'am�nagement de p�turages am�lior�s peut augmenter le risque d'�rosion et exercer un effet d�pressif sur la fertilit� des sols. La mise en place de p�turages am�lior�s, associant surtout les l�gumineuses, permet d'introduire le "ley farming" (assolement avec p�tures temporaires) et am�liore la structure et la fertilit� des sols. Une concurrence pour l'utilisation des ressources fourrag�res peut na�tre entre les �leveurs, particuli�rement entre pasteurs et petits paysans, mais aussi entre les petits paysans eux-m�mes, et renforcer la pression d'exploitation.

Comme chez les pasteurs, la gestion des grands animaux est souvent le travail des hommes, l'�levage des petits animaux l'affaire des femmes. Les femmes n'ayant pas acc�s � la propri�t� fonci�re dans de nombreuses soci�t�s paysannes, l'�levage est pour elles un important moyen de capitalisation. Les animaux permettent de financer les d�penses li�es aux activit�s agricoles (engrais, semences, travail salari�, am�nagement de bandes anti-�rosives), et le fumier sert � maintenir la fertilit� des sols. La pr�vention des risques joue un r�le particuli�rement important dans les zones o� les rendements de l'agriculture sont soumis � un risque �lev�. Les animaux peuvent �tre vendus pour acheter des aliments de base lorsque la r�colte ne suffit pas pour assurer la subsistance de la famille. Si les paysans n'avaient pas cette ressource, les surfaces cultiv�es devraient �tre �tendues, avec des cons�quences n�fastes pour la stabilit� et la structure des sols, l'�quilibre des bilans nutritifs et la biodiversit�.

La conversion de l'�levage extensif sur p�turages � la stabulation peut avoir des retomb�es positives sur la diversit� biologique et la conservation des sols. En revanche, la concentration accrue de lisier et de fumier peut �tre une source de pollution suppl�mentaire des eaux de surface et des nappes phr�atiques. La stabulation demande, par rapport � l'�levage sur p�turage, un surcro�t de travail qui doit �tre fourni le plus souvent par les femmes.

L'�leveur qui a recours aux animaux � haute performance doit veiller davantage � l'alimentation et � l'encadrement sanitaire et v�t�rinaire. Quand une chimio-pr�vention s'impose, elle peut contribuer au d�veloppement de souches d'agents pathog�nes r�sistantes aux m�dicaments de synth�se administr�s aux animaux (cf. dossier sur les Services v�t�rinaires). La r�duction du cheptel attendue de l'utilisation d'animaux hautement performants ne se r�alise malheureusement pas dans de nombreux cas, et la diminution de la pression sur les ressources fourrag�res escompt�e de cette mesure n'a donc pas lieu.

La promotion exclusive de l'utilisation et de l'importation d'animaux hautement performants peut conduire � sous-estimer l'utilit� effective et potentielle des races et esp�ces autochtones. Des ressources g�n�tiques et des techniques de production particuli�rement bien adapt�es aux conditions naturelles du milieu risquent ainsi d'�tre irr�m�diablement perdues.

L'�levage urbain constitue un cas � part dans l'�levage paysan. Les �leveurs urbains �tant oblig�s d'acheter une partie beaucoup plus importante du fourrage que les �leveurs ruraux, leur existence peut stimuler les cultures fourrag�res dans les r�gions p�riurbaines. Il en r�sulte des effets positifs sur la structure et la fertilit� des sols et des revenus suppl�mentaires pour les producteurs fourragers. L'�levage urbain de vaches laiti�res sert � l'approvisionnement de la population citadine en lait frais. Les autres animaux sont �lev�s en premier lieu pour l'autoconsommation, mais servent parfois aussi de caisse d'�pargne ("�levage d'�pargne") et de capitalisation ; le fumier r�colt�, s'il permet d'am�liorer la structure du sol et l'�quilibre des bilans nutritifs, peut �tre aussi une source directe ou indirecte de dangers consid�rables pour la sant� s'il n'est pas utilis� et �limin� de mani�re ad�quate. Tout comme dans l'�levage fermier, les femmes apportent une contribution importante � l'�levage urbain, � la diff�rence pr�s que la division du travail y est probablement moins stricte qu'en milieu rural.

L'�levage paysan inclut �galement l'apiculture. En dehors de la production de miel, les abeilles ont l'avantage d'accro�tre sensiblement les rendements des cultures fruiti�res en pollinisant les fleurs et de contribuer au maintien de la biodiversit� de la flore. En �levage intensif de type moderne, la lutte contre les vecteurs (acariens, etc.) se fait notamment par traitements chimiques ; un emploi incorrect des produits de lutte et la pr�sence de r�sidus de pesticides dans le miel peuvent menacer la sant� humaine. L'importation de populations d'abeilles plus performantes peut an�antir les esp�ces locales. La production de miel et de cire d'abeille g�n�re d'excellentes possibilit�s de revenus pour la population rurale. Ce sont en majorit� les hommes qui se livrent � cette activit�.

Les mesures de protection de l'environnement pour le secteur pastoral et paysan peuvent inclure aussi bien un changement des conditions g�n�rales que des interventions directes. Un exemple de changement des conditions d'ensemble est la suppression des subventions accord�es aux c�r�ales fourrag�res - responsables en Afrique du Nord du ph�nom�ne g�n�ralis� de fort surp�turage - ou le remaniement du droit foncier (r�forme agraire). En cas d'intervention directe dans les syst�mes de production pastoraux et paysans, il importe d'associer les int�ress�s aux op�rations d�s le stade de la planification. Les mesures pr�vues peuvent avoir des contenus techniques tr�s divers, par exemple gestion des ressources en eau, lutte anti-�rosive, cultures fourrag�res et - en �levage fermier - promotion de la stabulation. La seule r�duction des cheptels, souvent revendiqu�e dans le pass�, est une exigence essentiellement dict�e par une compr�hension insuffisante du fonctionnement des syst�mes de production paysans et pastoraux.

2.2.4 Grandes exploitations d'�levage intensif

La production telle qu'elle se pratique dans les grandes exploitations d'�levage est pratiquement ind�pendante des surfaces fourrag�res. Le fourrage est import� soit d'autres r�gions, soit de l'�tranger. Les principales sp�culations servant � l'approvisionnement de la population urbaine sont l'�levage porcin et avicole.

Les grandes exploitations consomment nettement plus d'�nergie fossile par unit� de production que les exploitations de type traditionnel. L'addition de substances de croissance comme les antibiotiques ou les hormones dans l'alimentation du b�tail cr�� un risque d'accumulation de r�sidus dans les produits d'origine animale destin�s � la consommation humaine et de d�veloppement de souches d'agents pathog�nes r�sistantes.

La forte consommation d'eau peut entra�ner une surexploitation des rares ressources en eau.

En stabulation permanente, les conditions de milieu r�gnant dans les installations d'�levage (temp�rature, humidit� de l'air, gaz polluants comme l'ammoniaque, l'hydrog�ne sulfur� ou le m�thane, teneur en poussi�res et en germes de l'air) peut cr�er des nuisances � la fois pour les animaux et pour les personnes qui y travaillent (risques sanitaires). Ne serait-ce que par la taille des exploitations, le danger de pollution des eaux de surface et des eaux souterraines par le lisier est nettement plus �lev� qu'en �levage fermier. Les probl�mes d'�limination du fumier et des cadavres d'animaux de m�me que le risque d'infection en d�coulant sont accrus, eux aussi. L'emploi de produits d�sinfectants menace les eaux, les sols et �ventuellement la sant�.

En �levage bovin intensif, le m�thane - un gaz d�gag� par les estomacs des animaux et jouant un r�le dans l'effet de serre - atteint des quantit�s non n�gligeables.

Lorsqu'une comp�tition existe entre petites et grandes exploitations d'�levage, ces derni�res exercent une influence n�gative sur les revenus des petits paysans. Les petits paysans peuvent en �tre r�duits � se livrer � des activit�s agricoles dans des conditions marginales au lieu de pratiquer l'�levage, avec des cons�quences d�favorables � l'�quilibre entre les esp�ces et la fertilit� des sols. Le danger d'�rosion s'en trouve aggrav� dans les r�gions concern�es. Certains grands �tablissements d'�levage, tels que les exploitations d'embouche bovine � vocation commerciale ou les grandes fermes laiti�res (complexes agro-industriels) peuvent aussi entrer en comp�tition directe avec les petites fermes d'�levage pour l'accaparement des superficies agricoles utiles (dans les p�rim�tres irrigu�s par exemple) et refouler les paysans dans les zones marginales. Le danger est plus grand dans le cas des grandes plantations et autres exploitations se consacrant � la production v�g�tale que dans celui des exploitations d'�levage.

Les mesures de protection de l'environnement dans les grandes exploitations d'�levage intensif comprennent essentiellement des mesures techniques: ventilation des locaux d'�levage, �loignement par rapport aux b�timents d'habitation, pr�cautions � prendre pour stocker et enlever le lisier et le fumier, mesures d'hygi�ne comme la d�sinfection, interdiction d'emploi de substances de croissance, installation de cl�tures autour des b�timents d'�levage, etc. Les normes techniques font l'objet de nombreux documents en Europe centrale (par exemple norme DIN n� 18910 concernant les conditions de milieu r�gnant dans les locaux d'�levage, prescriptions de l'Association des Ing�nieurs allemands (VDI), valeurs MAK, normes de construction KTBL).


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