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Chapitre 2 Laits d'animaux laitiers

Table des mati�res - Pr�c�dente - Suivante

Introduction

Seule la production laiti�re de quelques esp�ces de mammif�res pr�sente un int�r�t imm�diat en nutrition humaine, m�me si le lait d'autres esp�ces animales poss�de des qualit�s nutritives sup�rieures. Les quantit�s (rongeurs) ou l'inaccessibilit� (porc) en font dans la pratique des aliments n�gligeables pour l'homme.

L'�levage des animaux laitiers a �t� orient� vers la production intensive. Les quantit�s r�colt�es par t�te d�passent souvent de beaucoup les besoins nutritifs des jeunes animaux. Ces laits de ferme conservent en r�gle g�n�rale les caract�ristiques principales du produit naturel de l'esp�ce sauvage. Les animaux en libert� produisent un aliment souvent plus riche: les teneurs en extrait sec d�graiss� et en mati�re grasse sont d'ordinaire plus �lev�es.

La vache assure de loin la plus grande part de la production mondiale (90 pour cent)' m�me en pays tropicaux (70 pour cent) (FAO, 1990). Ce lait est de tous le plus connu et les donn�es qui le caract�risent sont sans doute les plus exactes. Il est logiquement aussi le produit laitier le plus consomm� et �tudi� en nutrition humaine.

Les laits s�cr�t�s par les diff�rentes esp�ces de mammif�res pr�sentent des caract�ristiques communes et contiennent les m�mes cat�gories de composants: eau, prot�ines, lactose, mati�res grasses (lipides) et min�rales. Cependant, les proportions respectives de ces composants varient largement d'une esp�ce � l'autre (tableau 16).

En outre, la composition des constituants prot�iques, lipidiques et min�raux peut �tre tr�s diff�rente selon l'esp�ce consid�r�e (CEPIL, 1987). Ces particularit�s se sont vraisemblablement diff�renci�es au cours de l'�volution et t�moignent de l'aptitude de chaque esp�ce � couvrir les besoins nutritionnels du jeune en phase de croissance.

TABLEAU 16 Constituants principaux des laits de diverses esp�ces animales (g/litre)

Constituants Vache Bufflonne Chamelle Jument Ch�vre Brebis
Extrait sec total 128 166 136 109 134 183
Prot�ines 34 41 35 25 33 57
Cas�ine 26 35 28 1 4 24 46
Lactose 48 49 50 60 48 46
Mati�res salines 9 8 8 4 7,7 9
Mati�res grasses 37 68 45 20 41 71

Source: Compilation de diverses sources.

La croissance du nourrisson est plus lente que celle des autres mammif�res, ce qui permet de comprendre que les laits de ces derniers soient plus riches en prot�ines et en min�raux (en calcium notamment). Ces laits ont par ailleurs moins de lactose et des concentrations assez variables en mati�res grasses. C'est surtout cette derni�re teneur qui conditionne leur pouvoir �nerg�tique, qui oscille entre 450 kcal/litre (jument, �nesse) et 2 500 kcal/ litre (renne). Il existe une relation lin�aire entre teneur en cas�ine et en lactose du lait (voir figure 4). Une relation semblable existe �galement entre teneur en lactose et en mati�res grasses (figure 5). Cela peut encore �tre exprim� comme suit: la somme des teneurs en prot�ines et en lactose des laits est relativement constante (de 75 � 90 g/litre).

La composition des diff�rents laits d'animaux varie consid�rablement d'une esp�ce � l'autre, mais aussi � l'int�rieur d'une m�me esp�ce, voire � l'int�rieur des types ou des races d'esp�ces identiques. Cette variabilit� peut d�pendre de la nutrition, du stade de lactation, de l'�ge, de l'�poque de l'ann�e et du d�bit lact�. Dans bien des travaux cit�s dans la litt�rature, le nombre d'�chantillons analys�s est limit�, ce qui entra�ne une certaine marge d'erreur, mais suffit pour affirmer des diff�rences inter-esp�ces marqu�es. Enfin, les analyses du lait exigent parfois des techniques complexes, et, d'une m�thode � l'autre, les r�sultats peuvent varier sensiblement (cas de la mesure des graisses, par exemple). Pour toutes ces raisons, la circonspection doit pr�sider � l'examen des donn�es sur la composition des laits animaux.

FIGURE 4 R�partition entre cas�ine et lactose du lait pour diff�rents mammif�res

Le lait de vache

Le lait propos� � la consommation est toujours un m�lange, obtenu de la traite de plusieurs animaux. Cette pratique tend � r�duire fortement l'importance des variations individuelles, mais des fluctuations notables subsistent qui sont sous la d�pendance de facteurs d'ordre g�n�tique (race), physiologique (nombre de v�lages, �poque de lactation, moment de la traite), et zootechnique (mode de traite, fourrage).

Le type d'aliments fournis � la vache, par exemple, influence fortement la composition de son lait.

FIGURE 5 Relation entre teneur lact�e de lactose et graisses dans diff�rentes esp�ces de mammif�res

Les rations �nerg�tiques (d�pourvues de foin ou de fourrages grossiers) ne permettent pas la production des compos�s ac�tyls: la teneur du lait en mati�res grasses diminue. Les rations peu �nerg�tiques r�duisent au contraire le pourcentage d'extrait sec d�graiss�. Les saisons, et donc la nature des aliments donn�s au cheptel, influencent tr�s nettement la composition du lait, et ce dans des proportions bien plus fortes que dans l'esp�ce humaine. Certaines caract�ristiques sont cependant communes aux laits de l'esp�ce bovine et m�me plus largement aux ruminants.

Chez la vache, les aliments subissent une fermentation pr�alable (digestion microbienne) dans le rumen et atteignent ensuite l'estomac (ou caillette) avant d'�tre absorb�s dans l'intestin. Les bact�ries du rumen hydrolysent les prot�ines ing�r�es en compos�s simples et reforment avec les produits de d�gradation (dont l'ammoniac) de nouvelles cha�nes prot�iques. Ces nouveaux polypeptides serviront d'aliments � la digestion gastrique vraie. De ce fait, la valeur biologique des prot�ines ing�r�es n'a pas, chez les ruminants, l'importance qu'elle poss�de chez les omnivores qui puisent directement dans leurs aliments les substances azot�es essentielles (acides amin�s) (Blanc, 1981).

Les veaux produisent aussi les vitamines B par synth�se dans le rumen et, au contraire de l'homme, ne sont pas tributaires d'un apport alimentaire vitaminique B. Cela se traduit par une teneur faible en vitamines B des laits de vache.

Chez la vache, la digestion dans le rumen ( processus de d�composition de la cellulose et de l'amidon) produit des acides gras volatils, surtout des compos�s ac�tyls, mais aussi propioniques et butyriques. L'hydrog�nation des acides gras alimentaires qui sont en r�gle g�n�rale tr�s d�satur�s dans les rations courantes, et la n�osynth�se d'acides gras particuliers (� structure ramifi�e ou � nombre impair d'atomes de carbone) est le propre de la biomasse microbienne. Ceux-ci sont les pr�curseurs directs de mati�res grasses particuli�res synth�tis�es dans la mamelle en proportion notable (+ 10 pour cent): les acides gras � cha�nes courtes et moyennes (tableau 17 qui ne sont pas pr�sents dans le lait de femme.

Pourtant, chez le ruminant nouveau-n�, le rumen est peu d�velopp� et non fonctionnel parfois pendant plusieurs semaines. Dans l'intervalle, le lait doit fournir les nutriments essentiels et le jeune veau se comporte alors comme un animal � estomac simple.

Vu sous l'angle maternel, le lait est essentiellement un produit de synth�se de la glande mammaire. Les constituants principaux, c'est-�-dire les mol�cules �labor�es, y sont synth�tis�s: lactose, cas�ine, lipides. D'autres substances sont cependant directement filtr�es du sang (chlorures). Si le lait form� n'est pas �vacu�, les mol�cules �labor�es subissent une r�sorption et le lait obtenu (lait de r�tention) pr�sente une composition anormale. La mamelle est aussi un �monctoire o� s'�liminent les substances sans valeurs nutritives ou nocives (antibiotiques, pesticides).

TABLEAU 17 Proportions des acides gras. dans la ration, le rumen et les lipides du lait de vache

Acides gras Ration Rumen Mati�re grasse du lait
C4 � C12 - - 26
C14 2 3 13
C16 21 20 30
C18 6 50 7
C18:1 22 16 20
C18:2 34 7 2
C18:3 14 3 1

* Pour la nomenclature des acides gras, se r�f�rer au tableau 24.

Caract�ristiques physico-chimiques

Le lait pr�sente des caract�ristiques li�es � sa nature biologique, � savoir: variabilit�, complexit�, h�t�rog�n�it� et alt�rabilit�. Les �l�ments les plus constants de sa composition m�ritent d'�tre signal�s en premier et, ensuite, les fluctuations rencontr�es seront associ�es aux facteurs qui les engendrent.

Le lait de vache est un liquide opaque de couleur blanche, plus ou moins jaun�tre selon la teneur en �-carot�ne de sa mati�re grasse. Sa saveur est douce et son odeur faible, mais identifiable. Le pH est voisin de la neutralit�. Les principales constantes physiques du lait sont reprises au tableau 18.

Le lait constitue un milieu aqueux caract�ris� par trois phases: une �mulsion de globules gras dans un liquide qui est lui-m�me une suspension collo�dale de mati�res prot�iques dans un s�rum. Ce lactos�rum est une solution neutre qui contient principalement du lactose et du sodium. Ces deux derniers �l�ments avec d'autres min�raux (potassium et chlore) pr�sentent la caract�ristique commune d'�tre osmotiquement actifs. Leur niveau de s�cr�tion par la mamelle d�termine donc la sortie d'eau des cellules vers la lumi�re des acini s�cr�toires, c'est-�-dire le niveau de production laiti�re.

TABLEAU 18 Caract�ristiques physico-chimiques du lait de vache

Constantes Moyennes Valeurs extr�mes
Energie
(kcal/litre) 701 587-876
(MJ/litre) 2 930 2 454-3 662
Densit� du lait entier � 20 �C 1,031 1,028-1,033
Densit� du lait �cr�m� - 1,036
Densit� de la mati�re grasse - 0,94-0,96
pH � 20�C 6,6 6,6-6,8
Acidit� titrable (�Dornic)a 16 15-17
Point de cong�lation (�C) - -0,520-0,550
Chaleur sp�cifique du lait entier � 1 5 �C 0,940 -
Chaleur sp�cifique du lait �cr�m� � 1 5 �C 0,945 -
Tension superficielle du lait entier � 1 5 �C (dynes/cm) 50 47-53
Tension superficielle du lait �cr�m� � 1 5 �C (dynes/cm) 55 52-57
Viscosit� du lait entier � 20 �C (centipoises) 2,2 -
Viscosit� du lait entier � 25 �C (centipoises) 1,8 1,6-2,1
Viscosit� du lait �cr�m� � 20 �C (centipoises) 1,9 -
Conductivit� �lectrique � 25�C (siemens) b 45 x 10-4 40 - 50 x 10-4
Point d'�bullition (�C) - 100,17- 100,15
Potentiel d'oxydor�duction 0,25 V +0,20-+30
Point de fusion des graisses (�C) 36 26-42

a 1� D = 0, 1 g d'acide lactique/litre
b Autrefois mhos
Source Alais, 1984.

Valeur �nerg�tique et composition moyenne

La teneur �nerg�tique du lait de vache oscille habituellement entre 650 et 720 kcal/litre, et d�pend surtout de la teneur en mati�res grasses (Blanc, 1981; Lentner, 1981; Renner, 1989). Le lait est compos� de:

TABLEAU 19 Composition moyenne des principaux constituants du lait de vache (g/litre)

Constituants Moyennes
Mati�res azot�es 34
Lactose 48
Mati�res salines 9
Extrait sec d�graiss� 91
Mati�res grasses 37
Extrait sec total 128
Eau libre (solvant) et li�e 902
Lait entier 1 030

Source: Alais, 1984.

� quatre �l�ments majeurs: prot�ines, lipides, glucides et sels min�raux;
. plusieurs �l�ments mineurs: vitamines, oligo-�l�ments, gaz dissous, l�cithine, enzymes, nucl�utides. Certains d'entre eux jouent un r�le en raison de leur activit� biologique.

Le tableau 19 donne la composition moyenne des �l�ments majeurs du lait de vache.

Mati�res azot�es et prot�ines

Les mati�res azot�es, protides ou prot�ines du lait constituent un ensemble complexe (Withney et al., 1976) dont la teneur totale avoisine 35 g/litre. Ce taux est �lev� en comparaison des quantit�s pr�sentes dans le lait de femme (environ 12 g/litre).

Les prot�ines repr�sentent 95 pour cent environ des mati�res azot�es et sont constitu�es soit d'acides amin�s seulement (�-lactoglobuline, alfalactalbumine), soit d'acides amin�s et d'acide phosphorique (cas�ines a et �-) avec parfois encore une partie glucidique (cas�ine K). Une vingtaine d'acides amin�s interviennent dans la composition de ces prot�ines, leur s�quence conf�rant � chaque prot�ine des propri�t�s propres. C'est sur la base de la pr�cipitation � pH 4,6 (20�C) qu'on s�pare deux constituants: la ou plut�t les cas�ines (a S, b , g , et k) et les prot�ines solubles ou prot�ines du lactos�rum (tableau 20) (Dalgleish, 1982).

TABLEAU 20 Composition moyenne et distribution des prot�ines du lait de vache

Prot�ines Moyennes absolues (g/litre) Moyenes relatives (%)
Protides totaux ou mati�res azot�es totales 34 100
Prot�ines 32 94
Prot�ines non solubles ou cas�ine enti�re 26 82
cas�ine a 12,0 46
cas�ine � 9.0 35
cas�ine k 3 5 13
cas�ine g 15 6
Prot�ines solubles 6 18
a -lactoglobuline 2,7 45
b -lactalbumine 1 5 25
S�rum-albumine 0,3 5
Globulines immunes 0,7 12
Prot�oses peptones 0,8 13
Substances azot�es non prot�iques 2 6

Source: Renner. 1983.

En outre, il existe dans le lait une fraction dite prot�ose-peptone qui pr�sente des caract�ristiques interm�diaires. Cette fraction est riche en glucides (11 pour cent de sa composition) et ne pr�cipite pas comme les autres prot�ines solubles lors du chauffage � 100 �C suivi d'une acidification � pH 4,6. Cependant, cette fraction prot�ose-peptone fait partie des prot�ines s�riques. Comme le lait humain, le lait de vache contient une fraction azot�e non prot�ique (environ 5 pour cent), mais en valeur absolue elle est plus faible (0,15 g N/litre) (Alais et Blanc, 1975).

Cas�ines. La cas�ine enti�re (groupe prot�ique qui pr�cipite � pH 4,6 � 20�C) repr�sente environ 80 pour cent des prot�ines totales du lait de vache (contre 30 pour cent dans le lait humain). Les cas�ines sont des polypeptides phosphor�s associ�s surtout � des constituants min�raux, en particulier le calcium, mais aussi le phosphate, le magn�sium et le citrate, de mani�re � former des micelles de phosphocas�inate de calcium. En m�lange, elles constituent entre elles des complexes qui ne r�unissent en l'absence de calcium qu'un petit nombre de mol�cules. En pr�sence de calcium, le degr� d'association est tr�s �lev� et les unit�s form�es agr�gent plusieurs milliers de mol�cules, constituant les micelles de cas�ine native dispers�es la phase hydrique du lait (diam�tre variant de 100 � 250 micro-m). Cette configuration spatiale permet aux enzymes hydrolytiques (carboxypeptidases) une digestion plus ais�e.

Les cas�ines ont un caract�re acide marqu�. Sur gel de polyacrylamide, on peut s�parer quatre composants principaux au sein des cas�ines: a (a S0, a S 1, a S2), B. Kety. La composition moyenne des micelles de cas�ine bovine (constituants prot�iques ou min�raux est donn�e au tableau 21).

On observe, par ailleurs, des variations g�n�tiques (substitution d'un ou de plusieurs acides amin�s) au sein m�me de l'un ou l'autre sous-groupe des cas�ines a- Ce polymorphisme g�n�tique a des retentissements tant en physiologie animale et humaine qu'en technologie fromag�re, puisqu'il conditionne par exemple la vitesse d'acidification du lait et la texture du caill�. Il d�pend lui-m�me du polymorphisme de la �-lactoglobuline qui conditionne directement le taux de cette prot�ine, mais qui influe aussi sur le taux de cas�ine et de mati�re azot�e. En di�t�tique p�diatrique, on sait l'importance que prend la qualit� du caillot (grossier avec le lait de vache, finement flocul� avec le lait humain) sur la vitesse de la vidange gastrique et du transit intestinal. De la m�me mani�re, la digestion peptidique (hydrolyse) g�n�re des fragments poptidiques dont certains semblent responsables d'activit�s physiologiques (Coste et Tome, 1991) (voir Chapitre I, page 24). Ainsi, l'ensemble de ces caract�ristiques physico-chimiques conditionnent en partie la digestibilit� du lait (Adrian, 1973; Bernier, Adrian et Vidon, 1986).

 

TABLEAU 21 Composition moyenne des micelles* de cas�ine bovine (g/100 g d'extrait sec)

Constituants Moyennes
Constituants prot�iques 92
Cas�ine aS1 33
Cas�ine aS2 11
Cas�ine 33
Cas�ine k 11
Caseine g 4
Constituants min�raux 8,0
Ca 2,9
Mg 0,1
lons phosphate 4.3
Ions citrate 0.5

* Teneur en eau de la micelle: 65 pour cent.

Source: Schmidt, 1980.

Prot�ines solubles ou prot�ines du lactos�rum. Les prot�ines solubles repr�sentent environ 20 pour cent des prot�ines totales du lait de vache (alors que, dans le lait maternel, plus de 70 pour cent de l'apport prot�ique est solubilis� dans cette fraction) (Jenness, 1979). Elles floculent difficilement en pr�sence d'acide ou de pr�sure. Par contre, � l'exception des prot�osespeptones, elles sont d�natur�es par la chaleur et sont entra�n�es lors de la coagulation de la cas�ine sous l'action de la pr�sure. Un chauffage � 80 �C pendant une minute en d�nature environ 20 pour cent, mais, lors de la pasteurisation HTST (72 �C pendant 15 � 20 secondes), la d�naturation est n�gligeable.

Ces prot�ines ont une valeur nutritionnelle importante qui n'est pas modifi�e par le chauffage. Cette fraction prot�ique est complexe et peut �tre classifi�e comme repris au tableau 20. Son constituant essentiel (50-55 pour cent) est la �-lactoglobuline bovine, totalement absente du lait humain. Son r�le n'est pas connu.

La deuxi�me prot�ine soluble (20-25 pour cent) du lait bovin est, par ordre d'importance, l'a-lactalbumine. Elle est pr�sente dans le lait de tous les mammif�res qui s�cr�tent du lactose puisque cette prot�ine est partie int�grante de l'enzyme de synth�se du lactose.

Parmi les prot�ines solubles restantes (20-30 pour cent de cette fraction), certaines, comme la s�rum albumine, ont une faible valeur nutritionnelle; d'autres comme les immunoglobulines et la lactoferrine n'en ont pas du tout.

Le taux de lactoferrine (ou lactotransferrine) est tr�s bas dans le lait mature de vache (0,2 g/litre), mais �lev� dans le colostrum bovin (5 g/litre) et � des valeurs comparables � celles du colostrum humain (de 5 � 15 g/litre). La lactoferrine bovine est nettement plus satur�e en fer que la lactoferrine humaine (environ 30 pour cent contre 5 pour cent) et ce fer li� est peu biodisponible pour l'absorption digestive tant chez l'enfant que chez l'adulte (Spik et al., 1982).

Les prot�ines du lactos�rum ont une valeur nutritive majeure en nutrition humaine, car elles sont riches en acides amin�s essentiels. Les teneurs en prot�ines des laits de vache et de femme sont sensiblement identiques, mais leur aminogramme est diff�rent. En cons�quence, lorsqu'une formule lact�e adapt�e au lait maternel (laits infantiles dits �� pr�dominance ou enrichis en lactalbumines�) est choisie pour alimenter un enfant, les prot�ines lactos�riques induisent dans le plasma du nourrisson un aminogramme tout diff�rent de celui obtenu par l'administration d'un lait de vache non modifi�.

Les prot�ines non nutritionnelles du lactos�rum bovin se r�partissent en Iysozyme et en immunoglobulines s�cr�toires A (dont les taux sont 500 fois plus bas que dans le lait humain) ainsi qu'en immunoglobulines G et M (dont les taux sont �lev�s). Ces deux derniers types d'immunoglobulines sont transmises en grandes quantit�s au veau durant la phase colostrale de la lactation. Celles-ci, une fois ing�r�es, sont passivement absorb�es par l'intestin et gagnent la circulation, o� elles reprennent leur r�le immunitaire.

Azote non prot�ique. Le taux d'ur�e du lait de vache est bas et ceux de taurine et de carniti ne sont faibles (Rassin, Sturman et Gaull, 1978 ) (tableau 22).

Lipides

Les termes �mati�re grasse� et �lipides� ne sont pas synonymes. En effet, la mati�re grasse obtenue par des moyens m�caniques (produit de l'�cr�mage obtenu par centrifugation) repr�sente le contenu du globule gras. De ce tait, elle ne contient pas les lipides polaires ou complexes (phospholipides, etc.), mais contient par contre, des compos�s liposolubles qui ne sont pas des lipides au sens strict et que l'on nomme �substance lipo�dique�. Il s'agit essentiellement d'hydrocarbures (dont le carot�ne), d'alcools (dont le cholest�rols, detocoph�rols (vitamine E) et de vitamines liposolubles (A, D, K). Cette fraction lipotdique (encore appel�e insaponifiable) regroupe donc des compos�s vari�s et nombreux qui, en raison de leur importance et de leur r�le, seront envisag�s s�par�ment, m�me s'ils ne repr�sentent pas m�me 1 pour cent de la mati�re grasse totale du lait.

TABLEAU 22 Composition moyenne de l'azote non prot�ique du lait de vache

Substances azot�es Concentration ( g/litre) Teneur azot�e non prot�ique prot�ique ( g N/litre)
Ur�e 0,18 0,12
Cr�atine 0,04 0,01
Cr�atrine 0,005 0,0025
Acide urique 0,023 0,0076
Ammoniac 0,007 0,0067
a-amin� 0,06 0,05
Taurine 0,05 0,07
D�riv�s amin�s    
Carnitine (fibre et acyl�e) 0,01 0,01
Choline   0,03
Acide orotique 0,067  
Acide neuraminique 0,150 0,02
D�riv�s qlucidiques 0,26  
D�riv�s phospholipidiques 0,07 0,02

Source: Jenness, 1974.

Les lipides (fraction saponifiable) constituent donc l'essentiel de la mati�re grasse (>98 pour cent). Le tableau 23 d�taille � la fois la teneur (par 1 00 g de mati�re grasse) et la (ou les) localisations) principale(s) des lipides du lait.

TABLEAU 23 Constituants lipidiques du lait de vache et localisation dans les fractions physico-chimiques (g/100 g de mati�re grasse)

Constituants lipidiques Proportions Localisation,
Triglyc�rides 96-98 Globule gras
Diglyc�rides 0,3-1,6 Globule gras
Monoglyc�rides 0,0-0,1 Globule gras
Phospholipides 0,2-1,0 Membrane du globule gras et lactos�rum
Cer�brosides 0,0-0,08 Membrane du globule gras
St�rois 0,2-0,4 Globule gras
    Membrane du globule gras et lactos�rum
Acides gras libres 0,1 -0,4 Membrane du globule gras et lactos�rum
Esters du cholest�rol Traces Membrane du globule gras
Vitamines 0,1-0,2 Globule gras

Source: Renner, 1983.

Les lipides, notamment les acides gras s�cr�t�s par la mamelle, ont une double origine: ils proviennent pour 60 pour cent en poids des acides gras longs sanguins et, pour le reste, d'une synth�se de novo par les cellules mammaires, � partir de pr�curseurs � deux ou quatre atomes de carbone.

De tous les composants du lait de vache, les lipides sont ceux qui, quantitativement et qualitativement, varient le plus. Les taux moyens pr�cis�s dans la litt�rature (35 g/litre) peuvent �tre retenus en pratique industrielle lorsque le lait est un m�lange provenant de plusieurs animaux.

Globules gras. Hormis quelques rares phospholipides, st�rols et acides gras pr�sents dans le lactos�rum, les graisses sont dispers�es dans le lait sous forme de globules sph�riques au nombre de 1,5 � 4,6 1012 par litre; leur diam�tre moyen se situe entre 3 et 5 microns. Ces globules sont limit�s par une membrane form�e d'une quinzaine de polypeptides (� raison de 40 %), de triglyc�rides (� raison de 35 %) et de lipides complexes (phospholipides, st�rols, c�r�brosides, � raison de 15 % environ). La membrane lipoprot�ique conf�re au globule gras sa stabilit�. De fait, elle est fragile et sa rupture (agitation' r�frig�rations r�p�t�es, acidification) d�stabilise l'�mulsion avec lib�ration de mati�re grasse. Celle-ci peut subir alors une lipolyse due � l'action des lipases membranaires ou microbiennes. Par contre, lors de l'homog�inisation du lait, le nombre de globules gras augmente et surtout leur diam�tre diminue tr�s sensiblement (moins de 1 micron). De ce fait, la surface de contact augmente encore de 20 fois environ. Cette modification pr�vient la remont�e de la mati�re grasse (dans les laits de longue conservation) et favorise sa digestion.

Pour certains auteurs, les globules gras, surtout ceux de petit diam�tre, peuvent traverser intacts la paroi intestinale et via les lymphatiques atteindre les cellules de l'organisme en court-circuitant le foie. Cependant, si l'�mulsion est cass�e et les globules d�truits, les lipides ne peuvent �tre dig�r�s sans �tre au pr�alable mis en �mulsion par les sels biliaires, puis hydrolyses par les lipases et enfin absorb�s.

La composition lipidique du lait regroupe deux entit�s: les lipides simples (les glyc�rides) et les lipides complexes (phospholipides).

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