29. Foresterie

Table des mati�res - Pr�c�dente - Suivante

1. Pr�sentation du domaine d'intervention

1.1 Description g�n�rale
1.2 Description des sous-secteurs

1.2.1 Production biologique/Planification
1.2.2 Constitution des peuplements
1.2.3 Exploitation des peuplements
1.2.4 Techniques de r�colte

2. Effets sur l'environnement et mesures de protection

2.1 Influences propres au secteur forestier
2.2 Strat�gies de protection de l'environnement pour le secteur

3. Aspects � inclure dans l'analyse et l'�valuation des effets sur l'environnement
4. Interactions avec d'autres domaines d'intervention

4.1 Compl�mentarit�
4.2 Contexte social

5. Appr�ciation r�capitulative de l'impact sur l'environnement
6. Bibliographie

Bref glossaire de termes forestiers

1. Pr�sentation du domaine d'intervention

1.1 Description g�n�rale

Par foresterie, on entend habituellement la gestion et l'exploitation des ressources foresti�res en vue de satisfaire les besoins des populations. L'exploitation se caract�rise par des cycles de production extr�mement longs pouvant s'�tendre sur plusieurs d�cennies (r�volutions), et, en ce qui concerne la production de bois, par l'identit� du produit et du moyen de production. Compte-tenu du contexte socio-�conomique, la prise en compte par le propri�taire forestier, le plus souvent l'Etat, des chiffres de production et de la rentabilit� du capital comme seuls crit�res de succ�s (cf. REPETO) est incompatible avec des solutions int�gr�es.

Aujourd'hui, c'est certainement � la protection des esp�ces et des biotopes ainsi qu'� la pr�servation d'espaces vitaux pour l'homme que revient la plus grande importance dans le secteur forestier. Face au danger de la destruction globale de la for�t, il n'est gu�re de secteur o� les "limites de la croissance" apparaissent avec autant d'�vidence. Ici, les r�percussions ne sont plus limit�es � l'�chelle r�gionale, mais se pr�sentent de fa�on globale et imbriqu�es les unes dans les autres, les for�ts constituant, avec les mers, les principaux bior�gulateurs du climat et des cycles biog�ochimiques.

La for�t tropicale a particuli�rement souffert. Pr�s de 20 millions d'hectares sont d�bois�s ou d�grad�s chaque ann�e (cf. ENQUETE). Les for�ts tropicales humides ne couvrent qu'env. 6% de la surface terrestre du globe et pourtant elles offrent asile � plus de la moiti� des esp�ces animales et v�g�tales et constituent le cadre de vie de millions de personnes.

Les formes, les causes et les cons�quences de la destruction de la for�t sont tr�s diverses. Toutefois, c'est bien � la surexploitation et � la transformation des ressources foresti�res dans le but de satisfaire des int�r�ts priv�s et �conomiques � court terme qu'il faut surtout imputer la destruction des surfaces bois�es � l'�chelle mondiale. Cette forme de gestion m�ne � la d�gradation et � la perte d'espaces vitaux pour l'homme.

Cette situation place tout projet devant de nouvelles exigences quant au choix du site, � l'ampleur des interventions et � la fa�on de conduire les activit�s. Une approche holistique tenant compte des secteurs connexes (CARILLO et al) est donc indispensable.

1.2 Description des sous-secteurs

Le secteur forestier se distingue de toutes les autres branches de l'�conomie nationale par ses tr�s longs cycles de production et par la production simultan�e de biens mat�riels et de prestations immat�rielles, qui font qu'il exige des formes de production biologique particuli�res. On distingue quatre sous-secteurs: la planification, la constitution des peuplements, l'exploitation et la r�colte des produits. L� o� cela para�t opportun, il sera fait mention des particularit�s de l'exploitation foresti�re dans les r�gions tropicales.

1.2.1 Production biologique/planification

Dans le secteur forestier, la production biologique est conduite sur la base des m�thodes de gestion foresti�re, de l'agroforesterie et de la cueillette. Toutes ces activit�s interviennent sur le potentiel de production d'une for�t afin d'atteindre les objectifs, g�n�ralement d�finis lors de la planification, en termes de chiffres de production et de fonction protectrice du massif forestier ou des deux � la fois.

La planification, la constitution des peuplements et leur exploitation sont consid�r�s comme des sous-secteurs de la production biologique.

Les inventaires (p.ex. Z0EHRER), �l�ments essentiels de la planification foresti�re, constituent la base sur laquelle les peuplements sont g�r�s, g�n�ralement en r�volutions de 10 ans. Dans les for�ts humides tropicales en particulier, on devra collecter non seulement des donn�es de nature statique, comme les volumes en r�serve, mais aussi de nature dynamique et structurelle, comme l'accroissement et la distribution horizontale et verticale des essences et diam�tres, faute de quoi des rendements soutenus ne pourront �tre obtenus durablement.

Parall�lement au relev� des param�tres quantitatifs du peuplement, une gestion multifonctionnelle de la for�t requiert �galement la cartographie compl�te des stations (par ex. DENGLER, MAYER, WENGER) avec �tude des facteurs g�o-�cologiques pour chacun des peuplements.

L'ensemble des inventaires p�riodiques ("continuous forest inventory"), des travaux de cartographie et des tables de production, figurant dans des cahiers d'exploitation ("forest management plans") constituent les �l�ments essentiels de l'am�nagement forestier. L'unit� �l�mentaire d'exploitation et d'administration est la parcelle. Dans la mesure du possible, le d�coupage g�ographique en parcelles devrait co�ncider avec les fronti�res topographiques et hydrologiques naturelles existant entre les peuplements. Les formes g�om�triques simples ne conviennent que dans des cas exceptionnels dans les plantations des r�gions de plaine. Dans les for�ts humides tropicales de structure h�t�rog�ne, le d�coupage peut se faire suivant les limites des bassins versants ("sub-catchments").

A partir des documents de l'am�nagement forestier et des analyses �conomiques, on d�terminera les objectifs d'exploitation pour chaque parcelle. Pour juger des avantages des diff�rentes options possibles, on peut recourir, outre aux crit�res �conomiques classiques tel le taux interne de rentabilit�, � des analyses co�t-efficacit� (cf. FAEHSER, WENGER).

La fonction et la structure des ressources foresti�res varient suivant l'intensit� de leur exploitation et les zones g�o-�cologiques (MUELLER-HOHENSTEIN). Les mod�les de gestion doivent s'orienter sur les caract�ristiques des diff�rents types de for�ts (futaie, taillis, savane, mangrove) et syst�mes agro-forestiers ou les r�serves de produits non ligneux � r�colter. L'optimisation de la production foresti�re est toutefois �troitement limit�e par les disponibilit�s en terrain, en eau, en mati�res nutritives et en lumi�re, qui correspondent aux besoins minimum vitaux d'un peuplement et qui d�pendent de la station.

Les diff�rents types de ressources foresti�res sont �troitement imbriqu�s les uns dans les autres et peuvent se compl�ter mutuellement par leur fonction. De cette interd�pendance r�sulte la n�cessit� d'une planification int�gr�e et ramifi�e. Qu'elles soient d'origine primaire ou secondaire, les futaies irr�guli�res comportant de nombreuses essences diff�rentes se pr�tent le mieux � des r�coltes �chelonn�es, dans le temps comme dans l'espace. En outre, elles sont id�ales pour concilier des fonctions de protection et de production.

Les plantations de bois d'oeuvre peuvent r�duire la pression d�mographique sur les for�ts naturelles lorsque la population participe � leur exploitation.

1.2.2 Constitution des peuplements

A la fin de leur p�riode de r�volution ou en cas de vieillissement (sujets surann�s), les for�ts font l'objet une r�g�n�ration artificielle ou naturelle.

Plantation

Parmi les formes artificielles d'installation d'un peuplement, on compte l'afforestation classique sur des surfaces d�garnies (EVANS, GOOR), la plantation sous le couvert pour le regarnissage des vides laiss�s par la r�g�n�ration naturelle ou encore les plantations d'enrichissement pour les for�ts surexploit�es (LAMPRECHT). La pr�paration du terrain et la technique de plantation d�pendront des essences choisies, de la fertilit� du sol, du bilan hydrique et de l'�tat des surfaces. Les d�chets de coupe et les d�bris de v�g�taux peuvent �tre entass�s sur des remblais ou br�l�s, dans la mesure o� l'on n'a pas � craindre les pertes en mati�res nutritives ni l'�rosion des sols.

Les techniques de plantation vont de la simple trouaison sur des espaces d�couverts et des sols comportant suffisamment de terre � l'ex�cution de terrasses sur les fortes pentes en haute montagne en passant par le fa�onnage des emplacements en cuvette sur faibles pentes dans les r�gions s�ches. Dans le cas de sols lat�ritiques concr�tionn�s, le retournement pr�alable du sol est d'usage.

Ind�pendamment des techniques appliqu�es, la r�g�n�ration artificielle engendre des for�ts � structure simple, o� les �l�ments suivent essentiellement un cycle ouvert. Le choix des arbres se porte g�n�ralement sur des esp�ces pionni�res � forte croissance et donnant des sujets vigoureux. Par souci de faciliter les interventions, les m�langes et le nombre d'esp�ces restent limit�s. Les risques biotiques et abiotiques pour de telles plantations augmentent avec l'aridit� du site (manque d'eau, incendies) et son manque de fertilit�, notamment dans les zones centrales des tropiques humides sur des substrats g�ologiques anciens. Sur les sites marginaux, la relative pauvret� en essences est un fait naturel.

Les mesures de protection contre l'incendie, les temp�tes, le stress hydrique, la p�nurie en �l�ments nutritifs et les maladies sont fr�quentes (pour les questions se rapportant � la lutte biologique contre les nuisibles, cf. par ex. FRANZ). Le br�lage contr�l� de la liti�re est une forme particuli�re de soins donn�s aux plantations dans les r�gions s�ches pour �liminer les couches organiques facilement inflammables (BROWN, GOLDAMMER). Ces pratiques doivent toutefois �tre soumises � de s�v�res restrictions afin de respecter les imp�ratifs de la pr�servation des sols et des eaux.

Le mat�riel v�g�tal n�cessaire � la r�g�n�ration artificielle est produit dans des p�pini�res. Les p�pini�res sont habituellement ax�es sur l'�levage de plants � partir de semences r�colt�es. Les formes v�g�tatives de reproduction tels le bouturage, les cultures de tissu v�g�tal ou la production de semences dans des plantations demandent souvent d'importants capitaux et ne se pr�tent g�n�ralement qu'� des projets centralis�s encadr�s par des ma�tres d'oeuvre qualifi�s (par ex. KR�SSMANN). Il faudra trouver ici des strat�gies foresti�res ad�quates permettant de ma�triser les cons�quences d'un appauvrissement g�n�tique. L'emploi et la consommation des moyens de production traditionnels dans les p�pini�res (surfaces, semences, engrais, substrat, eau, produits phytosanitaires, moyens de transport) doivent s'orienter sur les tables de production �tablies (selon l'objectif pr�vu pour le peuplement) et la technique de multiplication retenue. La production de plantes en pot ou en conteneur exige une bonne planification logistique, compte-tenu de la forte consommation de substrat.

Pour les programmes concernant des for�ts naturelles, on aura plut�t recours � de petites p�pini�res proches de la station ou � des p�pini�res volantes, la production d�centralis�e convenant le mieux pour les provenances et les essences requises � de tels usages. Les programmes d'afforestation r�gionaux peuvent en revanche s'approvisionner aupr�s des grandes p�pini�res centralis�es.

R�g�n�ration naturelle

Le rythme de croissance, la ph�nologie et la conservation de l'ordre r�gnant au sein du peuplement constituent les crit�res du choix de la technique de r�g�n�ration naturelle (ASSMANN, GOLLEY, DENGLER, LEIBUNGUT, MAYER, WEIDELT, WHITEMORE). D'une fa�on g�n�rale, on distingue le traitement en futaie am�nag�e par classes d'�ge (futaie r�guli�re) faisant intervenir les techniques de coupe d'abri et de coupe en lisi�re et le traitement en futaie jardin�e pour des peuplements in�quiennes tr�s m�lang�s. Dans les for�ts humides tropicales (LAMPRECHT), le passage du traitement en taillis � la futaie, de m�me que l'exploitation des stations en altitude (MAYER), impose des exigences particuli�res en ce qui concerne la protection des esp�ces et des sols.

Toute les m�thodes de r�g�n�ration naturelle se caract�risent par une succession d'abattages s�lectifs r�alis�s sur de longues p�riodes et qui permettent de m�nager l'�tage domin�. Durant le processus de r�g�n�ration, le terrain n'est pratiquement pas d�forest�. Les travaux du sol se limitent g�n�ralement � la pr�paration des lits de semences � l'aide de cultivateurs ou de herses entre autres. Pour la r�g�n�ration d'essences pyrophytes, il peut s'av�rer n�cessaire de recourir au br�lage contr�l� (cf. plantation au point 1.2.2).

Ind�pendamment de la m�thode retenue, on obtiendra des peuplements plus ou moins h�t�rog�nes, riches en esp�ces et � plusieurs �tages avec des cycles bio-g�ochimiques ferm�s raccourcis. La stabilit� de ces peuplements face aux influences n�fastes est grande, les mesures de protection et l'�levage artificiel de plants ne sont que rarement n�cessaires.

1.2.3 Exploitation des peuplements

Les activit�s sylvicoles peuvent se ranger dans trois secteurs diff�rents:

- La foresterie classique visant la production de bois et l'am�nagement de for�ts de protection (par ex. DENGLER, LAMPRECHT, MAYER).
- L'agroforesterie, qui associe les produits agricoles et forestiers (par ex. ICRAF) et
- La cueillette, concernant la plupart du temps des produits autres que le bois (par ex. DE BEER).

Quelle que soit la forme d'exploitation d'un peuplement, on devra souvent, afin d'�viter les exploitations abusives, d'abord instaurer un contexte �conomique et d�mographique plus favorable et prendre des mesures ad�quates pour le maintenir (par ex. Mc NEELEY). Quant aux soins culturaux, ils constituent les pr�alables techniques sans lesquels il n'est pas possible d'assurer les diverses possibilit�s d'exploitation des ressources foresti�res ("multiple-use forestry").

Gestion foresti�re

En r�gle g�n�rale, on distingue trois formes de traitement des peuplements (par ex. DENGLER, MAYER):

- La futaie � r�g�n�ration naturelle ou artificielle, am�nag�e par classes d'�ge (futaie r�guli�re) ou sous forme de futaie in�quienne (futaie jardin�e) o� tous les �ges coexistent dans une m�me parcelle.
- Le taillis sous futaie, o� le renouvellement est assur� simultan�ment par des rejets de souches et des semis.
- Le taillis, renouvel� uniquement par les rejets de souche apr�s les abattages.

Les taillis et les taillis sous futaie sont g�n�ralement exploit�s � courte r�volution. Ils se pr�tent bien � la production de bois de feu et autres bois de faibles dimensions pour l'approvisionnement des march�s locaux, � condition toutefois d'appliquer des mesures de protection comme le contr�le des p�turages, l'am�nagement de terrasses ou la mise en place de sujets de provenance adapt�e � la station. Les crit�res de gestion se fondent sur des donn�es technico-�conomiques tels le diam�tre des arbres et la contenance des parcelles.

Dans le cas des traitements en futaie, les coupes se r�partissent en deux cat�gories: les coupes d�finitives pour la r�g�n�ration du peuplement et les coupes secondaires faisant partie des soins culturaux. Compte-tenu des longues p�riodes de r�volution et des soins p�riodiques � prodiguer, les futaies se pr�tent bien � des r�les multiples tels que la production de bois de qualit� et les fonctions d'agr�ment (lieux de repos, zones de silence, tourisme).

Le but des soins culturaux est l'�ducation des peuplements par le pilotage des diff�rentes phases de leur d�veloppement (par ex. MAYER). La gestion se base sur le rendement sylvicole avec des param�tres comme la surface au sol, le nombre de tiges � l'hectare, la distribution des esp�ces et des diam�tres, les diam�tres d'exploitabilit�. Quelle que soit la phase d'�volution du peuplement, les soins culturaux visent en premier lieu le facteur limitant de la lumi�re (par ex. BAUMGARTNER dans MAYER).

D'une fa�on g�n�rale, on peut distinguer les travaux d'�ducation des jeunes peuplements, c'est-�-dire les d�gagements et nettoiements ("pre-commercial thinnings"), et les �claircies ("commercial thinnings"). Pour ces travaux, on peut appliquer des m�thodes chimiques ou m�caniques, les derni�res pouvant se fonder sur un travail manuel ou sur des op�rations enti�rement m�canis�es. Les m�thodes chimiques ne peuvent �tre ma�tris�es qu'� condition d'appliquer de fa�on cibl�e des mati�res actives non persistantes. Les exploitations syst�matiques telles que les �claircies en lignes sont d'usage dans les plantations monotypiques, mais ne sont d�pourvues de risques que sur des stations particuli�rement favorables (�rosion des sols).

Les �claircies s�lectives (par ex. MAYER), pour lesquelles certains auteurs parlent de "timber stand improvement" (WEIDELT, WENGER, WOELL), sont les plus efficaces tant sur le plan du rendement que sur le plan �cologique. Elles consistent � accro�tre la surface terri�re de sujets s�lectionn�s pour la r�colte ult�rieure, obtenue par pr�l�vement des arbres voisins concurrents. Dans les peuplements in�quiennes, les �claircies s�lectives, les coupes secondaires et les coupes d�finitives ainsi que la r�g�n�ration peuvent �tre combin�es. Dans les plantations d'arbres install�s artificiellement, cela n'est possible que si l'on dispose au moins de deux esp�ces compatibles de par leur tol�rance � l'ombre.

Dans les for�ts humides tropicales, la production de bois est soumise � des exigences particuli�res (par ex. LAMPRECHT, WEIDELT, WHITEMORE, 1984). Compte-tenu de la diversit� des essences y cohabitant, de la mosa�que horizontale et des strates verticales qu'elles forment, du bilan de mati�res nutritives (voir chapitre 4) et des phases successives de croissance, les �claircies s�lectives conviennent g�n�ralement tr�s bien. En simplifiant, on peut distinguer quatre phases de d�veloppement formant un cycle qui se r�p�te (WHITEMORE, 1978): Phase terminale - Installation progressive - Croissance - Peuplement m�r/Climax. R�g�n�ration et r�colte doivent �tre adapt�es � cette dynamique.

En principe, rien ne s'oppose � la r�colte de bois dans les for�ts primaires m�lang�es et � r�partition irr�guli�re des diam�tres, � condition de ne retirer que des sujets surann�s isol�s apr�s leur fructification ("mortality pre-emption" ; Seydack 1990), en recourant � des techniques de r�colte extr�mement mobiles (c. 2.2.1). Dans les peuplements dont les tiges sont toutes plus ou moins au m�me diam�tre, les arbres peuvent �tre pr�lev�s par bouquets dans la mesure o� les sols sont fertiles et r�sistent bien � l'�rosion. Pour les peuplements homog�nes que l'on trouve dans de nombreuses for�ts de conif�res naturelles des tropiques, des m�thodes moins s�lectives sont �galement envisageables. La r�colte d'essences rest�es inexploit�es jusqu'ici ("lesser-known species") ne devrait pas poser de probl�mes, dans la mesure o� elle ne perturbe pas l'�quilibre biologique des sols (cf. point 3) et que le mode de multiplication de ces arbres est connu. La gestion de formations bois�es particuli�res des r�gions tropicales, comme les galeries, les savanes ou les mangroves ne sera pas trait�e dans le cadre du pr�sent dossier (cf. CHAPMAN, GOLLEY et al, 1978).

Agroforesterie

Sous l'effet de la pression d�mographique, on voit s'estomper les limites entre l'exploitation agricole et foresti�re, en particulier dans les r�gions humides tropicales. Dans les zones en bordure de massifs forestiers intacts, la population ne peut souvent satisfaire ses besoins en aliments et en bois de feu qu'en ayant recours � une exploitation mixte. L'agroforesterie pr�sente une meilleure stabilit� �cologique que l'agriculture et sur bien des sites elle constitue une condition pr�alable � l'exploitation permanente des ressources (par ex. JORDAN).

M�me si ces cat�gories ne sont pas strictement d�limit�es, nous conviendrons, pour des raisons pratiques, de distinguer les syst�mes agro-forestier, sylvopastoral et agro-sylvo-pastoral.

Le degr� d'imbrication des �l�ments agricoles et forestiers dans le temps et dans l'espace (par ex. ICRAF) est fonction du savoir-faire local, des disponibilit�s en eau, de la fertilit� des sols et du march�. Dans les zones marginales isol�es du march�, les formes d'exploitation simples comme les cultures sur br�lis (shifting cultivation) ou le pastoralisme dans les savanes sont souvent les seules solutions envisageables (PRATT).

Cueillette

Pour de nombreuses stations de for�ts tropicales humides, la cueillette de produits autres que le bois, c'est-�-dire les sous-produits de la for�t, constitue la seule forme de valorisation du potentiel v�g�tal. C'est le cas notamment sur les stations d'Amazonie centrale extr�mement pauvres en �l�ments nutritifs, o� l'�quilibre biologique se trouve perturb� lorsqu'on y pratique la production intensive de bois sur pied. Dans le Sud-Est de l'Asie, par ex. le potentiel de production de la cueillette d�passe souvent celui du bois (DE BEER). Compte-tenu de la grande diversit� des produits tropicaux autres que le bois, il ne sera pas possible d'examiner les sp�cificit�s r�gionales de la r�colte de ces produits dans le cadre du pr�sent dossier.

1.2.4 Techniques de r�colte

Les for�ts et les arbres fournissent � l'homme tout un �ventail de produits: bois d'oeuvre, produits pharmaceutiques, �pices, r�sines, rotin, produits alimentaires ou tanins. Chacun de ces produits requiert une technique de r�colte sp�cifique (CAPREZ, STAAF, DE BEER).

Le bois

La r�colte du bois constitue l'activit� foresti�re absorbant d'une part le plus de capitaux et produisant d'autre part le plus de d�g�ts. Dans les for�ts humides tropicales, la r�colte du bois s'av�re souvent impossible lorsque les peuplements sont install�s sur des substrats g�ologiques anciens, car cela perturberait s�v�rement l'�quilibre biologique. En effet, la planification et la r�alisation des r�coltes de bois doit se baser tant sur des crit�res �conomiques que sur des crit�res �cologiques, l'objectif premier �tant de minimiser les d�g�ts au sein des peuplements et pour le sol. La s�lection de la m�thode la mieux appropri�e se fonde sur les crit�res suivants:

- But de l'am�nagement forestier (droits d'usage, for�t de protection, de production)
- Faci�s du peuplement (nombre de tiges � l'hectare, structure, dynamique du cycle des �l�ments nutritifs)
- Type de coupe pr�vue (coupe secondaire, coupe d�finitive, assortiments de bois)
- Topographie et sol (distance de d�bardage, �rosion des sols)
- Infrastructure (densit� du r�seau routier, frais d'am�nagement)

An niveau des travaux d'exploitation, on distingue les op�rations d'abattage et de d�bardage des troncs. Dans les pays tropicaux, les arbres sont g�n�ralement abattus manuellement (cogn�e, scie � main ou � moteur) alors que dans les autres r�gions, on a beaucoup plus souvent recours � des machines mobiles appel�es "harvesters". Le succ�s des op�rations d�pendra du niveau de formation et de la r�mun�ration des b�cherons ainsi que de l'organisation du chantier d'abattage. Les "m�thodes douces" de r�colte du bois, qui m�nagent les ressources, comprennent obligatoirement:

- le marquage des arbres � abattre (inventaire)
- l'abattage cibl�
- le d�coupage en billes de faible longueur sur le lieu d'abattage avant d�bardage.

Sur le plan de l'organisation des travaux et de la manutention, on distingue d'une part le d�buscage et le d�bardage sur la parcelle mise en coupe et d'autre part le transport des grumes par routes, par fer ou par voie d'eau. En ce qui concerne les techniques employ�es, on notera les proc�d�s manuels, m�caniques ou encore la traction animale. Enfin, sur le plan de la m�thode, on distinguera le traitement des arbres en entier ou uniquement des f�ts. Les d�g�ts que subit le peuplement lors de la r�colte sont fonction du degr� de motorisation, de l'intensit� de l'exploitation, des pentes et de la densit� des voies d'acc�s n�cessaires (routes et layons) ainsi que de la longueur des tiges et de la part revenant au tra�nage au sol dans le cadre de la manutention. Des proc�d�s de d�bardage inadapt�s peuvent avoir pour cons�quences le compactage des sols, l'�rosion en rigoles le long des voies de circulation, la destruction de la flore du sol forestier et du sous-�tage, les blessures des pieds et des racines des arbres non abattus. Voici un aper�u grossier des principales m�thodes de d�bardage dans l'ordre des risques de d�gradation qu'elles comportent:

- M�thodes de manutention au sol

Halage au moyen de palans pour les coupes � blanc, les coupes d�finitives ; distances de d�bardage moyennes ou longues, des r�gions de plaines jusqu'aux hautes montagnes ;
Tracteurs de d�bardage � pneus ou � chenilles pour coupes � blanc, coupes secondaires et d�finitives ; distances de d�bardage faibles et moyennes, pays de collines ;
Animaux (chevaux, boeufs, buffles d'eau, etc) pour coupes secondaires, petits bois, faibles distances, r�gions de plaine

- M�thodes utilisant la pesanteur

Descente libre pour coupes secondaires et d�finitives ; d�bardage sur de faibles distances ; en haute montagne.
Chemins de glissage (glissoirs en bois ou en terre), g�n�ralement pour les coupes d�finitives ; d�bardage sur de longues distances ; en haute montagne.

- M�thodes a�riennes

Syst�mes � treuils pour coupes secondaires et d�finitives, en haute montagne ;
Transport par blondin, emploi universel ;
H�licopt�re comme moyen de d�bardage universel des bois de valeur.

Dans les for�ts tropicales humides formant de v�ritables mosa�ques d'essences diff�rentes, la r�colte de bois doit se faire suivant des principes adapt�s aux pr�l�vements individuels, c'est-�-dire avec des �quipements extr�mement mobiles, sans tra�nage au sol et en limitant les sentiers et layons, si l'on veut pouvoir m�nager les peuplements (HODGSON). Les peuplements homog�nes en plaine autorisent en revanche des techniques de r�colte moins dispendieuses. Les proc�d�s de valorisation des arbres entiers, sans �branchage ni d�bitage des grumes, et ne laissant pas de d�chets, ne sont applicables que sur les stations de plaine aux sols riches en �l�ments fertiles et r�sistant � l'�rosion.

Apr�s l'abattage et le d�bardage, le bois est entrepos� dans la for�t en bordure de route jusqu'� son enl�vement par l'acheteur. Ce stockage �tant de courte dur�e, il n'est g�n�ralement pas n�cessaire de prot�ger les emplacements. Dans des cas exceptionnels � la suite de catastrophes naturelles, il peut s'av�rer n�cessaire de stocker de grandes quantit�s de bois sur des parcs � grumes sp�cialement am�nag�s � cet effet. Le cas �ch�ant, il faudra limiter le plus possible les aires stockage et l'emploi de pesticides et pr�voir l'�vacuation des d�chets d'�corce.

Pour bien choisir la m�thode � appliquer, on se r�f�rera aux �tudes � long terme et aux analyses des d�g�ts forestiers tout en consid�rant les crit�res �conomiques. En plus des crit�res d'appr�ciation classiques telles les analyses co�ts-avantages, on se reportera �galement � des analyses co�ts-efficacit� (par ex. WENGER), sans perdre de vue que les analyses doivent imp�rativement porter sur la totalit� de la p�riode de r�volution (temps de production) et non se limiter � une intervention donn�e.

La r�alisation des acc�s aux parcelles en vue de pouvoir r�colter le bois a d'importantes incidences sur l'environnement. La limitation efficace des risques de d�gradation pour les peuplements implique, outre le recours � des techniques de r�colte appropri�es, l'instauration d'une administration foresti�re performante comportant un service de police pour le contr�le des droits d'usage.

Produits autres que le bois

Du fait de la grande diversit� des produits forestiers autres que le bois, les effets de leur r�colte ne pourront �tre d�crits en d�tail dans ce dossier. Ici, le savoir-faire local est un �l�ment essentiel dont il faudra absolument tenir compte.

D'une fa�on g�n�rale, on fera la diff�rence entre les produits utilis�s pour subvenir aux besoins des populations locales et ceux destin�s � �tre commercialis�s, les premiers ne comportant g�n�ralement pas le risque d'une surexploitation. La r�colte des produits des arbres tels la r�sine, l'�corce ou les lianes (rotin, etc.) demande des pr�cautions particuli�res afin de ne pas infliger de d�g�ts persistants � l'arbre, qui constitue le moyen de production. La r�colte des fruits par ex. ou la chasse du gibier ne r�clament pas autant de soins lorsqu'il s'agit d'activit�s de subsistance.

2. Effets sur l'environnement et mesures de protection

2.1 Influences propres au secteur forestier

De par leur superficie, les for�ts sont les plus importants �cosyst�mes de la plan�te. Depuis l'apparition de l'agriculture il y a env. 10 000 ans, elles n'ont pourtant cess� de r�gresser jusqu'� ne plus couvrir que moins d'un tiers de la surface terrestre colonisable, � savoir env. 42 millions de km2 (STARKE), qui ont de plus �t� continuellement fragment�s et d�grad�s. Les for�ts devant couvrir de grandes �tendues pour pouvoir remplir leur fonction de protection, l'habitat de l'homme est aujourd'hui menac� dans certaines r�gions. Dans ce dossier, nous distinguerons quatre aspects du r�le protecteur de la for�t.

Protection climatique

En liaison avec les oc�ans, les for�ts constituent un syst�me de r�gulation biologique du climat. En raison de l'importance du ph�nom�ne d'�vapotranspiration, elles produisent elles-m�mes une grande partie des pr�cipitations locales. Dans les tropiques notamment, l'�vaporation de ces volumes d'eau permet d'absorber jusqu'aux trois quarts de l'�nergie du rayonnement solaire, emp�chant ainsi un �chauffement excessif de l'atmosph�re. En outre, la for�t neutralise de grandes quantit�s du gaz de serre CO2. Les riches formations bois�es proches de la for�t naturelle, conduites sur de longues p�riodes de r�volution et sur de grandes surfaces, se pr�tent le mieux � un contr�le efficace de ce double r�le climatique. Du fait de leur rapport assimilation-respiration particuli�rement favorable, bien des formations bois�es des r�gions temp�r�es telles que les for�ts c�ti�res du Nord-Ouest des Etats-Unis absorbent jusqu'� trois fois plus de CO2 que les for�ts pluviales de r�gions tropicales (STARKE, 1991).

Protection des esp�ces

Les for�ts humides tropicales ne couvrent qu'une petite partie du globe (6%) et pourtant elles abritent env. 90% de tous les singes, au moins 80% de tous les insectes, au moins 2/3 de toutes les esp�ces v�g�tales et env. 40% de tous les oiseaux de proie. La majeure partie de ces esp�ces ne pouvant subsister que sur de vastes territoires de for�ts proches de l'�tat naturel, les for�ts artificielles monotypiques am�nag�es sur des espaces restreints ne sont donc d'aucune utilit� pour la pr�servation de ces animaux et v�g�taux et de leur patrimoine g�n�tique.

Protection des sols

Les futaies jardin�es, � structure �tag�e, constituent la protection biologique la plus efficace pour les sols. Dans les peuplements ainsi trait�s, l'�rosion et le renouvellement des sols s'�quilibrent et r�pondent � la norme g�o-�cologique.

Dans les for�ts s�ches ou les savanes herbeuses, qui pr�sentent des structures plus simples, l'�cart par rapport aux for�ts am�nag�es est moins marqu�. Il en va de m�me pour les mod�les forestiers alternatifs des r�gions de plaine. Sur les stations humides des r�gions tropicales ou les stations de haute montagne, les taux d'�rosion dans les for�ts am�nag�es peuvent, dans certains cas, �tre �lev�s � la puissance dix par rapport aux pertes de sol naturelles (MORGAN).

Protection de l'habitat humain

A mesure que la d�forestation progresse, on assiste � la r�gression des habitats humains, notamment dans les for�ts humides tropicales ; des emplois disparaissent. De grand projets promus sur la base d'avantages fiscaux (exploitation de bois, secteur minier, �levage bovin) peuvent acc�l�rer le processus � l'�chelle locale et �vincer les m�thodes traditionnelles d'exploitation des ressources demandant beaucoup de main-d'oeuvre. La formation initiale et continue notamment dans le cadre de projets de for�ts naturelles et d'agroforesterie peut aider efficacement � sensibiliser les d�cideurs � ce genre de probl�mes.

2.2 Strat�gies de protection de l'environnement pour le secteur forestier

Si les for�ts jouent un important r�le protecteur, elles m�ritent elles-m�mes d'�tre prot�g�es en tant que biotopes pour diverses communaut�s v�g�tales et animales. Elles ne pourront toutefois �tre prot�g�es efficacement que si l'Etat, les milieux �conomiques et la population locale estiment dans leur propre int�r�t d'en assurer la perp�tuit�. Les formes d'exploitation retenues doivent donc � la fois assurer la protection de la for�t, garantir la valeur ajout�e et concilier les int�r�ts des diff�rents groupes concern�s. En Afrique, le d�frichage de savanes infest�es par la mouche ts�-ts� par ex. peut �tre consid�r� comme une v�ritable b�n�diction du point de vue de l'hygi�ne. Pour les Bochimans et autres groupes vivant de la chasse, cette d�marche signifie en revanche la destruction de leur habitat, pour les hydrologues l'inondation des bas-fonds et pour les �cologistes la destruction de biotopes.

Suivant le contexte rencontr�, les strat�gies de pr�servation des for�ts peuvent s'articuler autour des �l�ments suivants:

- Instruments politico-�conomiques

G�rer les droits d'usage en associant entre elles des zones tampons, de protection, d'exploitation et de colonisation.
Garantir une valeur ajout�e � l'exploitation foresti�re par diversification dans la r�gion productrice et r�investissement des profits, par ex. pour les soins culturaux.
Faire participer les int�ress�s � la planification, � la mise en oeuvre et au contr�le des strat�gies d'exploitation.
Instaurer un moratoire pour l'exploitation foresti�re dans les for�ts primaires des zones tropicales et temp�r�es.
Offrir des attraits financiers tels que taxes ou subventions pour certaines solutions alternatives (par ex. r�colte du bois par blondin au lieu de bulldozers).

- Instruments technico-�cologiques

R�duire la consommation de bois par am�lioration de la transformation.
Orienter la gestion foresti�re d'apr�s les fonctions et les besoins.
Simuler un rythme de v�g�tation naturel et pratiquer des soins culturaux sur de longues p�riodes de repos et de r�g�n�ration.

Pour l'examen de tous ces instruments sous l'aspect de leur mise en pratique, nous renvoyons aux ouvrages correspondants cit�s dans la bibliographie (cf. Minist�re f�d�ral de la Coop�ration �conomique et du D�veloppement, ENQUETE).


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