Table des
mati�res - Pr�c�dente - Suivante
2.2.1 Lutte physique
� Impact sur l'environnement
La mise en oeuvre de proc�d�s thermiques n�cessite g�n�ralement des quantit�s d'�nergie consid�rables pour tuer les organismes nuisibles par induction de chaleur (br�lage, production de vapeur ou d'eau chaude). L'impact de la production d'�nergie sur l'environnement est � prendre en compte (cf. dossiers sur l'environnement "Planification du secteur �nerg�tique" et "Energies renouvelables"). Comme son nom l'indique, la solarisation est un proc�d� utilisant l'�nergie solaire ; mais il n�cessite aussi l'emploi de films en plastique, g�n�ralement en poly�thyl�ne, servant � recouvrir la parcelle ou les interlignes culturaux pour produire un effet de serre. Dans un grand nombre de pays, l'�limination de ces films ne s'effectue pas encore dans des conditions satisfaisantes. De plus, les proc�d�s thermiques n'agissent pas de fa�on s�lective sur la bioc�nose, de sorte que les populations de la microflore et de la microfaune doivent se reconstituer et qu'un �quilibre doit �tre restaur� � l'int�rieur du vide biologique laiss� dans un sol g�n�ralement pasteuris� ou st�rilis�. Parmi les proc�d�s m�caniques de lutte contre les adventices, le travail du sol modifie l'�rodibilit� des sols, fait dont il faut particuli�rement tenir compte sur les terrains en pente. Les organes des plantes risquent au surplus de subir des l�sions favorisant la contamination par les virus et parasites secondaires transmissibles par voie m�canique. Les proc�d�s thermiques et m�caniques acc�l�rent par ailleurs la mobilisation des �l�ments nutritifs de la mati�re organique. Cette min�ralisation de l'humus, qui s'accompagne d'une destruction de complexes argilo-humiques et d'une d�gradation de la structure du sol, d�grade la fertilit� des sols. Les nutriments risquent en outre d'�tre lessiv�s ou export�s vers d'autres �cosyst�mes. La submersion des champs pour �liminer les parasites terricoles a des r�percussions massives, quoique br�ves, sur les facteurs biotiques et abiotiques des horizons du sol et elle perturbe la structure du sol et la dynamique des �l�ments nutritifs. En r�sum�, il s'agit de m�thodes � haute intensit� de travail et d'une efficacit� r�duite dans le temps et l'espace pour lutter contre les organismes nuisibles. Leur emploi peut �tre limit� par le manque de main-d'oeuvre et pour des motifs �conomiques.
� Mesures de protection de l'environnement
Les dates, le lieu et l'intensit� des traitements thermiques et m�caniques doivent �tre fix�s de fa�on � en tirer une efficacit� maximum tout en m�nageant les organismes utiles. Lors d'un traitement m�canique, on s'efforcera de pr�server � la v�g�tation sa fonction protectrice vis-�-vis de la structure du sol et des organismes vivant dans le sol. En recouvrant le sol de mat�riel v�g�tal coup� (paillis ou "mulch"), on peut, par exemple, combattre � la fois les mauvaises herbes et l'�rosion. La mise en oeuvre des m�thodes m�caniques peut �tre encourag�e par le d�veloppement de proc�d�s plus efficaces et n�cessitant moins de main-d'oeuvre. En les substituant peu � peu aux autres m�thodes de lutte, on �vite les inconv�nients de ces derni�res.
2.2.2 Lutte chimique
� Impact sur l'environnement
Les effets de la lutte chimique sur l'environnement peuvent �tre class�s sch�matiquement en trois cat�gories qui se recoupent partiellement:
a) La classification des pesticides chimiques suivant leur cible (herbicides - plantes, fongicides - champignons, insecticides - insectes, etc.) pourrait laisser croire que leur toxicit� se limite � ce groupe cible. Or, la plupart de ces produits ont un large spectre d'action et exercent une action l�tale ou inhibitrice sur les organismes vivants, car ils interviennent dans des processus m�taboliques vitaux (photosynth�se, formation d'ATP [ad�nosine-triphosphate], constitution et fonctions des membranes, etc.). La toxicit� des produits phytosanitaires est donc en quelque sorte le revers de leur efficacit�. Selon l'Organisation Mondiale de la Sant� (OMS), les cas d'intoxication de personnes par les pesticides se chiffrent chaque ann�e � 1,5 millions, dont 28 000 ont une issue fatale [54] A c�t� de la ou des mati�res actives, les pesticides contiennent des adjuvants destin�s notamment � accro�tre la mouillabilit� ou la t�nacit� de la mati�re active sur les surfaces trait�es. D'apr�s les �tudes men�es par l'USEPA (agence am�ricaine de protection de l'environnement), sur 1 200 adjuvants analys�s, 50 faisaient partie des substances toxiques [24].
Les produits de qualit� m�diocre, que l'on rencontre souvent dans les pays aux l�gislations laxistes en mati�re d'homologation, font courir de nombreux risques [68]. Vieillissement des produits, contamination, formulations tr�s imparfaites et concentrations de mati�re active non conformes aux d�clarations font partie des probl�mes les plus fr�quemment pos�s par ces produits.
Le stockage et le transport des produits phytosanitaires peuvent aussi �tre � l'origine de la pollution du sol, de l'eau et de l'atmosph�re. Il faut incriminer ici les emballages non �tanches et de trop grande contenance, qui sont la source de probl�mes r�currents.
Un risque de contamination des denr�es alimentaires existe par ailleurs lorsque pesticides et produits alimentaires ne sont pas stock�s et vendus s�par�ment, ce qui est encore souvent le cas dans certains pays.
On n'a pas encore trouv� de r�ponse d�finitive � la question de l'�limination rationnelle des pesticides, qui continue donc � se poser avec d'autant plus d'acuit� que la plupart des produits commencent � se d�grader au bout d'un laps de temps tr�s court (moins de deux ans pour de nombreux produits). Des "bombes � retardement" sont entrepos�es dans un grand nombre de pays, parfois en quantit�s consid�rables, concentr�es sur des superficies d'� peine quelques m�tres carr�s.
L'information et la formation pr�liminaire insuffisantes des commer�ants et des paysans sont responsables de l'emploi incorrect des pesticides (confusion entre les produits, mauvais dosages, non observation des p�riodes de carence, etc.).
- L'utilisation incorrecte peut �galement
provenir du mauvais marquage des emballages (pictogrammes,
inscriptions r�dig�es dans une langue �trang�re). Il arrive
souvent que les produits phytosanitaires soient transvas�s dans
des emballages pour produits alimentaires (bouteilles de
jus de fruit, sachets) par les d�taillants locaux. Inversement,
les r�cipients de pesticides sont fr�quemment r�utilis�s
par le consommateur.
- Selon la technique d'application et les conditions
atmosph�riques, l'utilisateur, les membres de la famille aidant
aux travaux, notamment les enfants et les voisins, peuvent �tre
victimes d'intoxications. Il est pratiquement impossible de se
procurer des v�tements protecteurs adapt�s aux conditions
tropicales. Lors des traitements a�riens, les pesticides
risquent tout particuli�rement de d�river jusqu'aux
lieux d'habitation, cultures voisines, p�turages, cours d'eau,
etc.
- Un emploi rationnel de produits phytosanitaires suppose
l'achat de produits au fur et � mesure des besoins et oblige �
recourir � des techniques de stockage et d'application plus
sophistiqu�es. Il s'agit donc d'un proc�d� exigeant des
capitaux.
b) Il existe un risque de contamination des produits de r�colte, produits alimentaires et fourragers par les mati�res actives et les r�sidus de pesticides, de m�me qu'un risque de concentration de ces produits, qui seraient n�fastes � la sant� humaine et animale [surtout en cas d'emploi incorrect (voir plus haut) suite � un mauvais dosage, � la non observation des p�riodes de carence, etc.]. Il est arriv�, par exemple, que des hydrocarbures chlor�s appliqu�s sur des cultures de l�gumes-racines se soient trouv�s concentr�s dans le produit de r�colte et aient �t� ing�r�s sous forme d'aliments pour b�b� par des enfants en bas �ge ; ceci a entra�n� l'interdiction d'utiliser des hydrocarbures chlor�s dans les cultures l�gumi�res.
- Contamination du sol, de l'air et de l'eau par les mati�res actives des pesticides et par leurs produits de transformation: plus de la moiti� des pesticides appliqu�s par pulv�risation sont dispers�s directement dans l'atmosph�re et transport�s sur des distances souvent consid�rables sous forme d'a�rosol, avant de retomber dans le sol et l'eau avec les pr�cipitations. Une grande partie des produits restants contamine directement le sol et l'eau. Sous un climat tropical, le risque de voir les substances actives passer en phase gazeuse est �lev�, ce qui rend les pesticides � pression de vaporisation �lev�e impropres � une utilisation en r�gion tropicale. La non observation des aspects �cologiques ou toxicologiques peut �tre une source de probl�mes dans les cultures suivantes et conduire � des restrictions de production suite � la contamination d'un site (application de produits � base de cuivre dans les bananeraies par exemple). Un risque de lessivage des produits agropharmaceutiques et de leurs r�sidus dans la nappe phr�atique existe dans les sols � faible capacit� de r�tention, tels que les sols sablonneux. Leur persistance peut augmenter � plus grande profondeur, notamment � cause d'une diminution de l'activit� microbienne.
c) En raison de leur large spectre d'action, la plupart des produits phytosanitaires et de leurs produits de transformation ont de multiples incidences, directes et indirectes, sur les composantes biotiques et abiotiques des �cosyst�mes, m�me situ�s tr�s loin du lieu d'application. Les effets indirects, en particulier, sont pratiquement impossibles � pr�voir ; des effets impr�visibles "en cascade" peuvent se manifester au sein d'un �cosyst�me. Pimentel [61] �value � 500 millions de dollars US les dommages inflig�s annuellement � la bioc�nose par l'emploi de pesticides chimiques en Am�rique du Nord. Bien plus de la moiti� de ces co�ts sont occasionn�s par la r�duction des populations d'auxiliaires utiles et l'apparition de ph�nom�nes de r�sistance aux pesticides.
Plusieurs exemples peuvent �tre cit�s dans ce contexte: ainsi l'�limination des insectes pollinisateurs et autres organismes utiles (facteurs limitants naturels) entra�ne la disparition d'�l�ments de r�gulation et de contr�le au sein du syst�me. L'emploi d'insecticides en riziculture aquatique (irrigu�e) met en p�ril les poissons et l'entomofaune, ce qui d�note une incompatibilit� entre aquaculture et emploi de pesticides. Les op�rations de d�sinfection du sol au bromure de m�thyle compromettent l'activit� biologique des lombrics et des nitrobact�ries.
Les populations d'organismes utiles sont indirectement menac�es lorsque la densit� de population d'un nuisible, qui est en m�me temps la proie principale de certains utiles, est r�duite de mani�re drastique par des traitements insecticides: en d�cimant une esp�ce, on court le risque d'affaiblir le lien du nuisible avec sa bioc�nose, avec pour cons�quences possibles un accroissement du taux de reproduction et une multiplication massive de l'organisme ind�sirable. Un exemple: l'utilisation d'insecticides � large spectre d'action contre le psylle du pommier a fait de l'araign�e rouge des arbres fruitiers un v�ritable probl�me phytosanitaire, car les pesticides ne sont pas suffisamment efficaces contre ce ravageur et an�antissent en m�me temps les insectes utiles.
Les produits phytosanitaires peuvent accro�tre la sensibilit� d'une esp�ce � un groupe de nuisibles non touch� par le pesticide employ� (c'est ainsi que les traitements herbicides � la triazine ou aux ur�es substitu�es dans des cultures c�r�ali�res recevant de fortes doses d'engrais peuvent rendre la plante vuln�rable � l'o�dium).
La composition des esp�ces peut �tre alt�r�e durablement: certaines esp�ces ne sont pas atteintes ou d�veloppent une r�sistance contre les produits appliqu�s (l'utilisation syst�matique d'atrazine dans le ma�s favorise l'envahissement par les millets, et l'emploi exclusif de substances de croissance dans les cultures c�r�ali�res favorise l'apparition de gramin�es). L'action des insecticides peut s'exercer �galement au d�triment des insectes pollinisateurs. Le carbaryl utilis� contre la cicadelle du manguier a mis les abeilles (sauvages) � miel en danger, quand il ne les a pas tu�es, ce qui a eu pour effet d'amoindrir les recettes que les petits exploitants tiraient jusqu'ici du miel et de la cire d'abeille [32].
Il a �t� d�montr� que plus de 400 esp�ces d'arthropodes, dont la moiti� sont des ennemis des v�g�taux, pr�sentaient une r�sistance � une ou plusieurs mati�res actives [10] (par exemple r�sistance du charan�on de la capsule au DDT et � d'autres organo-chlor�s).
� Mesures de protection de l'environnement
Dans les pays comme la R�publique f�d�rale d'Allemagne, dot�s d'une l�gislation s�v�re concernant la distribution et l'utilisation de produits phytosanitaires, seuls les produits ayant subi la proc�dure d'homologation peuvent �tre recommand�s et employ�s. Cette proc�dure donne lieu � une information sur les propri�t�s toxicologiques, canc�rig�nes, t�ratog�nes, etc. du produit de m�me que sur ses effets et dangers potentiels pour l'�quilibre du milieu naturel. Les mati�res actives sont class�es suivant leur degr� de toxicit�. Par ailleurs, des d�clarations sont faites sur les domaines d'utilisation, les moyens d'�limination sans risque du produit ainsi que les m�thodes d'analyse et les fili�res de d�gradation des produits de transformation. Dans le Code de conduite qu'elle a adopt� en 1985, la FAO �met des recommandations sur l'homologation, la distribution et l'utilisation des pesticides. Dans des pays aux l�gislations s�v�res comme les Etats-Unis, nombreux sont les produits agropharmaceutiques relativement dangereux � avoir �t� retir�s de la circulation (interdiction d'emploi) et/ou � avoir �t� frapp�s de restrictions concernant les dates et les lieux d'application.
Les raisons s'opposant � l'emploi de certains produits concernent g�n�ralement les pays industrialis�s [30]. Les produits persistants, � large spectre d'action, sont express�ment proscrits sur le plan international: la liste des "dirty dozen" contient entre-temps les 15 mati�res actives figurant ci-dessous, qui devraient �tre interdites d'emploi en raison des dangers consid�rables qu'elles font courir:
� Insecticides
Organo-halog�n�s ou -chlor�s: aldrine, chlordane, DDT, dieldrine, endrine, HCH (hexachloro-cyclohexane contenant moins de 99,0 % d'isom�re gamma), heptachlore, lindane, chlorocamph�ne
Carbamates: aldicarbe (nom commercial: Temik)
Organo-phosphor�s: parathion (E 605)
Insecticides divers: dibromure de chloropropane (DBCP),
chlordim�forme, penthachlore-ph�nol (PCP).
� Herbicides
2,4,5-T (nom commercial: Weedone)
Les produits de lutte antiparasitaire doivent mentionner le contenu, les pr�cautions d'emploi, le mode d'utilisation autoris� et les traitements recommand�s en cas d'empoisonnement. Les inscriptions doivent �tre suffisamment intelligibles pour les groupes de population expos�s. Une notice r�dig�e en anglais et dans au moins une langue vernaculaire de m�me qu'un pictogramme figurant sur des �tiquettes adh�rant bien � l'emballage sont actuellement revendiqu�s. C'est le degr� d'alphab�tisation et de sensibilisation des utilisateurs aux dangers encourus qui doit guider la d�cision d'autoriser ou non le produit � la vente.
En cas de recours aux m�thodes chimiques de lutte contre les organismes nuisibles, des mesures de protection doivent �tre fix�es et introduites. Ces exigences minimales doivent garantir tout d'abord le choix pertinent du produit, la s�curit� et le fonctionnement de la technique d'application et l'�limination des r�sidus et emballages de pesticides selon des techniques non polluantes.
Des programmes de formation conformes � ces exigences devraient �tre adopt�s par les organisations nationales de la protection des v�g�taux, afin d'informer en d�tail les vulgarisateurs et les utilisateurs de m�me que toutes les personnes en contact avec les pesticides sur les risques de ces produits. Il conviendrait de d�velopper des r�glementations applicables � l'�chelon international pour fixer les conditions pr�alables � la distribution et � l'utilisation de pesticides, le respect de ces dispositions devant �tre contr�l� par une instance sup�rieure.
La pr�f�rence doit �tre accord�e aux produits faiblement toxiques, � action s�lective et de faible persistance. Les crit�res � prendre en compte pour l'homologation et l'application sont les effets du produit, les possibilit�s d'emploi abusif, les particularit�s r�gionales, les zones de protection des eaux et les aires prot�g�es sur le plan �cologique. L'utilisation de semences d�sinfect�es comme denr�es alimentaires ou comme aliments pour le b�tail doit �tre emp�ch� gr�ce � un �tiquetage correct. Par ailleurs, l'emploi d'emballages de pesticides � des fins domestiques doit �tre emp�ch� par l'information, l'�tiquetage et au besoin la forme des r�cipients. Les produits phytosanitaires devraient uniquement �tre d�livr�s dans des r�cipients de petite contenance. Enfin, en variant la mati�re active, on peut pr�venir l'apparition de ph�nom�nes de r�sistance chez les organismes nuisibles.
Le probl�me du piratage des pesticides par des firmes qui produisent et �coulent les produits sans autorisation se pose dans de nombreux pays et souligne l'importance d'une l�gislation phytosanitaire rigoureuse et efficace (proc�dure d'homologation) et de contr�les vigilants des importations (au besoin par un certificat de conformit� concernant la puret� et les �ventuelles d�fectuosit�s). En outre, l'acc�s aux produits phytosanitaires peut �tre r�glement� par divers moyens: obligation de ne d�livrer les produits que sur ordonnance, de justifier de connaissances techniques et de fournir la preuve que les pesticides seront utilis�s dans le cadre de la lutte int�gr�e.
L'octroi de subventions sur les produits phytosanitaires par les pouvoirs publics, qui constitue une pratique courante dans de nombreux pays, cr�e un risque d'emploi non conforme ou abusif et de pollution de l'environnement [42]. Il faut donc contr�ler si les mesures de promotion atteignent bien le groupe cible et si l'emploi et l'�limination des produits ne se font pas dans des conditions dommageables � l'environnement.
2.2.3 Lutte biotechnique
� Effets sur l'environnement
Un stimulus destin� � attirer les organismes nuisibles ou un poison servant � tuer le ravageur peuvent agir de mani�re non sp�cifique et atteindre d'autres organismes (cf. effets sur l'environnement, point 2.2.2). Ainsi, les pi�ges lumineux agissent contre la plupart des insectes volants nocturnes. De m�me, les �missions sonores ayant un effet r�pulsif sur les oiseaux nuisibles agissent indiff�remment � l'encontre d'autres organismes, dont elles peuvent perturber le mode de vie (nidification, accouplement, �levage des oisillons). Il a �t� d�montr� que l'emploi r�p�t� de d�r�gulateurs de croissance (hormones) induisait des ph�nom�nes de r�sistance chez les organismes cibles. De plus, ce groupe d'insecticides est susceptible de nuire aux organismes utiles, par exemple en inhibant la mue des larves d'abeilles et d'autres insectes ing�rant du pollen ou toute autre substance contamin�e.
� Mesures de protection de l'environnement
Les m�thodes biotechniques � action non sp�cifique sont � �viter (par exemple pi�ges lumineux agissant sur tous les insectes nocturnes). Les stimuli sonores doivent �tre employ�s dans la lutte rapproch�e, c'est-�-dire en d�limitant nettement la date et le lieu o� ils sont utilis�s. Quant aux d�r�gulateurs de croissance, la date et la technique d'utilisation doivent �tre choisies de fa�on � ne pas perturber ou � ne perturber que de fa�on n�gligeable les organismes utiles ; le cas �ch�ant, on optera pour l'emploi combin� de substances attractives et d'insecticides. Enfin, le choix du produit permet d'emp�cher l'apparition de ph�nom�nes de r�sistance.
2.2.4 Lutte biologique
� Impact sur l'environnement
M�me si les relations entre organismes utiles et h�tes se caract�risent par une sp�cificit� tr�s pouss�e qui limite les effets ind�sirables, les proc�d�s biologiques n'en rec�lent pas moins certains risques pour le milieu naturel: l'introduction de pr�dateurs, de parasites, d'agents pathog�nes et d'organismes manipul�s g�n�tiquement est susceptible de refouler et de porter atteinte � d'autres esp�ces utiles, voire de modifier en profondeur et de fa�on incontr�l�e la bioc�nose en intervenant dans la dynamique inh�rente aux processus biologiques. La lutte biologique men�e contre le scolyte du grain de caf� par l'introduction du champignon Beauveria bassiana peut compromettre la s�riciculture implant�e dans la zone de culture du caf�, car ce champignon parasite �galement le ver � soie (Bombyx mori).
On a connaissance d'un autre cas dans lequel une esp�ce de crapaud allochtone acclimat�e pour lutter contre les insectes ravageurs de la canne � sucre a chang� de source alimentaire, devenant elle-m�me un fl�au difficile � contr�ler.
La r�sistance des plantes aux virus pathog�nes, obtenue artificiellement par infection au moyen de souches peu virulentes du m�me virus ou d'un virus analogue, peut entra�ner la mutation du virus ou, en pr�sence d'autres virus, induire des effets synergiques ind�sirables.
� Mesures de protection de l'environnement
Toute activit� dans le domaine de la lutte biologique, particuli�rement dans celui des techniques g�n�tiques, doit �tre r�glement�e par le l�gislateur et �tre soumise � des contr�les pour �viter tout risque de pollution de l'environnement.
Le d�veloppement des proc�d�s g�n�tiques, dont on peut pr�voir ou dont on sait d�j� qu'ils risquent de d�clencher des processus biologiques incontr�l�s devrait �tre emp�ch� par une r�glementation correspondante (cf. risques li�s aux agents biologiques d�crits dans le dossier "Analyse, diagnostic et test"). Les programmes de lutte biologique contre les organismes nuisibles doivent �tre syst�matiquement soumis � un contr�le efficace de la part de l'Etat. Des organisations charg�es d'inspecter les v�g�taux et produits v�g�taux et de pr�venir l'introduction de pr�dateurs et de parasites (quarantaine) doivent �tre mises en place.
2.2.5 Lutte int�gr�e
� Impact sur l'environnement
Suivant la fa�on dont elles sont combin�es, les mesures phytosanitaires r�alis�es au moyen des diff�rents proc�d�s de lutte d�crits ci-dessus induisent des effets environnementaux analogues au plan qualitatif, bien que l'impact quantitatif soit infiniment plus faible. Les strat�gies reposant sur le principe du seuil de nuisibilit� doivent �tre perfectionn�es en tenant compte de leur faisabilit� pratique. Certaines strat�gies pr�sentent un risque d'induction de r�sistance chez les organismes ind�sirables en cas d'application fr�quente de produits phytosanitaires faiblement dos�s en mati�re active. La mise en oeuvre r�p�t�e de mesures phytosanitaires, qui suppose que les sites soient carrossables toute l'ann�e, risque de d�grader la structure des sols, par exemple par compactage des sols par temps de pluie. L'emploi de v�hicules l�gers est souvent le seul rem�de ; son inconv�nient est d'exiger de lourds investissements.
� Mesures de protection de l'environnement
Pour les proc�d�s int�gr�s se composant de mesures emprunt�es aux quatre strat�gies de lutte pr�cit�es, ce qui a �t� dit plus haut s'applique conform�ment � la combinaison choisie.
3. Aspects � inclure dans l'analyse et l'�valuation de l'impact sur l'environnement
Les mesures de protection des v�g�taux interviennent de multiple fa�on dans l'environnement. Comme il n'existe pas de strat�gies universellement applicables, les proc�d�s sont �valu�s en comparant leurs retomb�es sur l'environnement. Pour �valuer les avantages comparatifs des divers proc�d�s de lutte, il est n�cessaire d'introduire une �chelle d'appr�ciation ; � cet effet, on n�cessite des indicateurs refl�tant avec un maximum de pr�cision et de comparabilit� les incidences qualitatives et quantitatives, notamment du point de vue de leur persistance (cf. dossier sur la production v�g�tale). Les propri�t�s physiques et chimiques (r�manence, capacit� d'�vaporation, adsorption et d�sorption, etc.) des mati�res actives, des adjuvants et des produits de transformation des produits phytosanitaires sont analys�es. Pour d�terminer les propri�t�s toxiques de ces produits et de leurs r�sidus (valeurs des DL 50 aigu�s des produits formul�s) ainsi que leur toxicit� chronique (no effect level, ADI - acceptable daily intact values, concentrations maximales autoris�es, niveau admissible), on se sert de valeurs reproductibles dot�es d'un coefficient de s�curit�. Elles servent d'indicateur ou de valeur limite et doivent �tre compar�es avec les valeurs effectives de contamination des produits alimentaires et des aliments pour b�tail, de la faune et de la flore, du sol, de l'eau et de l'atmosph�re. Le seul moyen de d�terminer les effets synergiques et cumul�s des produits phytosanitaires est l'�tude des corr�lations entre les diff�rents effets sur l'environnement (par exemple disparition progressive d'esp�ces particuli�rement fragiles, recours aux plantes indicatrices, �tudes de diversit�, etc.). Ces corr�lations ne sont pas enti�rement connues ; �tant en partie masqu�es par d'autres interventions, elles ne sont, bien souvent, pas uniquement imputables aux actions phytosanitaires.
Les observations faites � la suite des traitements (par exemple d�pr�dation des ressources ou cons�quences socialement inacceptables) fournissent des indications sur des crit�res d'�valuation compl�mentaires.
En cas d'effet nocif, il convient d'examiner si celui-ci peut �tre r�par� � un co�t acceptable. Les risques de dommages irr�versibles doivent �tre inventori�s � part et �tre �valu�s en cons�quence. Enfin, les m�thodes de protection des v�g�taux ont une incidence sur la structure de l'emploi (par exemple division du travail entre hommes et femmes, charge de travail et besoin en capital). D'autres crit�res d'�valuation peuvent �tre tir�s des effets sur la structure de l'entreprise et la production.
4. Interactions avec d'autres domaines d'intervention
La protection des v�g�taux s'inscrivant dans le contexte de la production v�g�tale, elle est subordonn�e aux objectifs de celle-ci (cf. dossier sur la production v�g�tale). De plus, les mesures phytosanitaires touchent aux domaines d'intervention ci-dessous du point de vue de leurs finalit�s et de leurs effets sur l'environnement:
- production animale (aliments pour le b�tail,
contr�le de qualit�) ;
- p�che (protection des eaux) ;
- agro-industrie (normes de qualit�) ;
- sant� et alimentation, y compris approvisionnement en eau
potable (toxicologie, r�sidus) ;
- analyse, diagnostic et test (contr�le de qualit�,
d�veloppement, secteur analytique) ;
- industrie chimique (production de pesticides de synth�se).
Il en d�coule que les d�cisions concernant le domaine de la protection des v�g�taux peuvent �tre influenc�es par les actions dans ces secteurs. Les missions d'instruction de projet examineront les possibilit�s de cumul d'effets �manant des divers volets d'intervention et les risques cons�cutifs d'amplification des dommages.
5. Appr�ciation r�capitulative de l'impact sur l'environnement
Les mesures de protection phytosanitaire doivent fondamentalement �tre consid�r�es dans le contexte plus vaste des objectifs de la production v�g�tale, des conditions sp�cifiques du site et des conditions �conomiques et socio-�conomiques. L'impact de la protection des v�g�taux peut prendre la forme de pollutions et de nuisances physiques et �nerg�tiques pour l'homme, la faune, la flore, les denr�es alimentaires et les aliments pour le b�tail, le sol, l'air et l'eau. La lutte contre les organismes nuisibles agit sur la diversit� et la densit� de population des esp�ces et constitue une intervention dans un syst�me (bioc�nose).
Un vaste choix de m�thodes s'offre � nous pour prot�ger la production v�g�tale. L'analyse et l'�valuation de leurs effets respectifs sur l'environnement doivent permettre de choisir les proc�d�s les moins pr�judiciables au milieu naturel et d'�viter ainsi les effets ind�sirables ou inacceptables.
Les strat�gies de lutte respectueuses de l'environnement ont pour caract�ristique de favoriser et d'utiliser de mani�re cibl�e les facteurs limitants naturels sp�cifiques � l'�cosyst�me et de leur adjoindre d'autres mesures puis�es dans l'�ventail des proc�d�s physiques, chimiques, biotechniques et biologiques.